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Les histoires secrètes, un vecteur de flemme !

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À retrouver dans l'émission

Ce matin, dans le journal de l'histoire, on s'interroge sur notre appétence pour le secret, le mystère...

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La rentrée, comme souvent, nous promet un déluge éditorial d’histoires secrètes sorties du bois : Les archives secrètes du Vatican, celle de Nasser, celle de la Bastille, de de Gaulle, de l’armée, et même une vie secrète des nazis, viennent s’ajouter aux traditionnelles émissions télé Secrets d’histoire et Mystère d’archives sans oublier les vies d’espions qui ambiancent nos étés que l’on aime romanesques et aventureux.  

Faire la promotion d’un livre en employant le vocabulaire du secret qui trouverait sa résolution dans un carton ou une enveloppe emmurée, pire encore dans un coffre-fort ministériel, c’est parier sur le goût du mystère et faire de celui qui nous révèle sa trouvaille un enquêteur, un élu, le premier à entrer en contact avec une vérité cachée. En le lisant on se trouve bénéficiaire de cette aura, de la vérité enfin révélée. Un superhéros de l’histoire! 

Dans cette guerre pour débusquer le vrai dans l’ombre de notre histoire officielle, il y a bien sûr un grand précédent fondateur: l’affaire Dreyfus et son fameux bordereau falsifié qui l'a envoyé sur l'Île du Diable. Le complot avéré par excellence, qui a mis en branle les opinions publiques, pour finalement rendre justice à sa victime sans que l’on ait pu retrouver toutes les pièces factices de son dossier d’accusation, savamment composées par les auteurs de la machination. Une affaire qui a fondé une certaine idée de la justice et de la vérité au début de notre histoire républicaine.  

Bref le mystère et le secret, ça vend bien, mais en démocratie les archives sont publiques et les archives cachées font figure d’anomalie, d’atteinte à la promesse de transparence. Ce goût pour le côté obscure de notre histoire qui aiguise nos appétits dit peut-être plutôt la difficile impatience d’une vie en démocratie pour trouver une explication à ses lenteurs, ses insuffisances, pour trouver une réponse à nos frustrations. Parce que la démocratie est un régime en perpétuel construction, qui s’invente sans cesse tout comme l’histoire, jamais établie pour l’éternité qu’il faut sans cesse reprendre pour la rendre plus robuste et peut-être plus juste sans jamais y trouver de consolation assurée.

On le sait l’histoire n’est presque jamais une révélation. C’est un travail laborieux, qui déplace des tonnes de poussières pour nous montrer à quel point le passé est vivant et nous entoure, nous éclaire et nous interroge surtout.  

Les archives, ces vieux papiers enfouis, on les aime parce qu’ils pourraient nous réveiller d’une douce torpeur face à ce qui nous arrive et face à ce qui nous est arrivé.   Celles qui sont accessibles sont déjà bien nombreuses à notre portée, c’est pareil pour cette rentrée historique de 2020 qui nous promet de nombreuses découvertes en pleine lumière.

Alors plutôt que de guetter les super héros porteurs de super secrets, ne soyons pas flemmards et restons curieux.  

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