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Intervention de la police au Bois de la Cambre, à Bruxelles, le 1er/04/2021 lors d'un rassemblement non autorisé, pour un faux concert annoncé sur les réseaux sociaux. Photo : F. Walschaerts.

Une tradition belge : le canular qui tourne à la bagarre

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Le 1er avril une invitation à faire la fête dans le bois de la Cambre à Bruxelles est lancée sur les réseaux sociaux. Une foule de jeunes gens s'y retrouve et bientôt les forces de l'ordre interviennent. Ce n'est pas le premier canular à la sauce belge qui tourne au vinaigre...

Intervention de la police au Bois de la Cambre, à Bruxelles, le 1er/04/2021 lors d'un rassemblement non autorisé, pour un faux concert annoncé sur les réseaux sociaux. Photo : F. Walschaerts.
Intervention de la police au Bois de la Cambre, à Bruxelles, le 1er/04/2021 lors d'un rassemblement non autorisé, pour un faux concert annoncé sur les réseaux sociaux. Photo : F. Walschaerts. Crédits : AFP

Le 1er avril à Bruxelles, une blague a dégénéré en émeute. Un faux festival de musique, « La Boum », organisé via les réseaux sociaux a tourné en un véritable affrontement entre faux festivaliers et vraies forces de police sur les pelouses du bois de la Cambre. L’évènement avait été créé sur Facebook pour le plaisir de pouvoir se dire même si c’était pour rire que se rassembler pour profiter des beaux jours et faire la fête, vivre dans l’espace public, serait encore possible un jour de l’autre côté de la pandémie. Mais le canular a tourné à la bagarre quand 2000 personnes ont décidé de se réunir malgré tout, malgré le faux et malgré le renforcement des mesures sanitaires. Ces canulars politiques qui cherchent l’émotion pour animer le débat sont en passe de devenir une tradition en Belgique. En 2006 déjà, un faux documentaire, un docu-menteur avait fait l’évènement. Le soir du 13 décembre, la télévision publique belge, la RTBF, interrompait ses programmes pour annoncer la scission du pays et la fuite du roi Albert. Ce docu-fiction intitulé Bye Bye Belgium, était ciselé de manière très sophistiquée avec la complicité du présentateur François de Brigode et de ses correspondants en direct qui mêlaient avec beaucoup d’habileté les fausses nouvelles aux vraies dans la tranche d’actualité du soir. La panique saisit le public. L’art du canular est consommé avec une très haute crédibilité.

"Le volume de l’émotion nous a un peu surpris mais en fait on n’a pas fait l’émission pour l’émotion on fait cette émission pour la réflexion. C’est une nouvelle forme d’écriture télévisuelle où dans un documentaire fiction sur un sujet qui concerne l’ensemble de l’opinion publique, l’ensemble de la société belge, c’est de décrire un scénario, le plus réaliste possible mais aussi le plus décalé." Philippe Dutilleul, concepteur de Bye Bye Belgium.

Un centre d’appel est d’ailleurs prévu par la RTBF pour rassurer les crédules qui n’avaient pas vu apparaître les bandeaux de mise en garde en bas de leur écran de télévision indiquant « ceci est une fiction ». D’autres ont félicité les journalistes complices qui avaient pris part à cette mise en scène. Une transgression journalistique qui voulait mettre en cause les utilisations électoralistes de l’exaspération des communautarismes.  

Bye Bye Belgium avait été imaginé alors que la menace de séparation de la Flandre et de la Wallonie, les deux entités qui composent la Belgique, était largement présente dans la campagne électorale en cours. Le rire de crise qui voulait favoriser un débat moins crispé mais avec tout le sérieux exigé par l’avenir de la Belgique a frappé les esprits avec une ampleur que ses promoteurs n’avaient pas tout à fait soupçonnée. Dix ans après en 2016, on célébrait l’anniversaire de l’évènement par la publication de nombreux témoignages sur les réactions de celles et ceux qui s’étaient laissé piéger par cette blague si bien ficelée. Un conducteur de tram complice était allé jusqu’à arrêter son véhicule à la frontière de la Flandre et les passagers avaient troqué leur bus bruxellois pour un bus flamand sans broncher. Une fiction politique largement inspirée du chef d’œuvre en la matière d’Orson Welles annonçant l’invasion de la terre par les extraterrestres en 1938. Moins crédible que _Bye Bye Belg_ium, cette version de La Guerre des Mondes n’avait pas déclenché de panique comparable, les Belges restent les maîtres dans l’art du rire de crise. Avec la sophistication de ces fictions politiques qui tiennent au rire de résistance, le canular politique belge semble avoir de beaux jours devant lui.  Liens :

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