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Danse des morts, 1434-1519 - Bibliothèque municipale de Lyon

Il n’y a pas eu de monde de demain après la Grande peste médiévale

4 min
À retrouver dans l'émission

Après la Covid, un monde d'après ? Pour répondre à cette question, un regard dans le rétro qui nous ramène à la peste apparue au XIVe siècle à Marseille.

Danse des morts, 1434-1519 - Bibliothèque municipale de Lyon
Danse des morts, 1434-1519 - Bibliothèque municipale de Lyon Crédits : Michael Wohlgemuth

Quand on cherchera les traces de l’épidémie de Covid 19 qui sévissait en 2020, on trouvera : des décrets de lois, des journaux de confinement, une inflation de cours de yoga dans les archives du web et des masques bricolés à partir de soutien-gorge et de vieux draps, on trouvera aussi des banderoles de soutien aux soignants, des PV de contravention infligés aux contrevenants aux injonctions légales. Mais on constatera surtout l’affirmation répétée d’un profond désir de changement, d’un monde de demain qui aurait pris acte de l’évènement et de ses causes, un paroxysme du ras le bol, avec ou sans effet sur la suite, l’histoire nous le dira peut-être. Parmi les grandes épidémies qui ont sévi, l’histoire des lendemains de la Peste noire au XIVe siècle nous montre pourtant qu’une catastrophe de cette nature n’appelle pas forcément à la révolution de la société qui la subit. Et ce qui fait unanimité auprès des historiens c’est que justement malgré ce traumatisme profond, sur le moment rien n’a changé. Patrick Boucheron l’évoque dans un épisode de la série historique diffusée sur Arte, Quand l’histoire fait date .

La peste fait son apparition à Marseille en 1347 et se propage partout en Europe en tuant un tiers de la population totale et la moitié de la population urbaine.

En cinq ans, cette épidémie fait entre 25 et 45 millions de morts, et accède au statut de pire catastrophe du Moyen Age, dont on conserve des traces exclusivement en creux, en déchiffrant les silences et les détails : l’augmentation du prix de la cire pour les cierges, très demandés, l’arrêt des travaux en cours ou encore l’augmentation du nombre de messes organisées pour célébrer les défunts au moment de leur enterrement.  Sur un registre notarial conservé dans les archives du Vaucluse, le passage de la peste se lit par le changement d’écriture alors que la rédaction reprend deux ans après la dernière annotation du prédécesseur disparu. La vie continue, on remplace les morts autant que possible, mais une question reste : pourquoi cette catastrophe a-t-elle si peu changé les choses dans les manières de penser, d’agir, d’obéir et de croire ? 

La science ne semble pas avoir non plus bénéficié d’avancées majeures avec la Grande Peste. En Italie on crée des lazarets, des lieux de confinement, l’accès aux villes est interdit aux malades, les rassemblements, y compris pour les funérailles, sont réduits et les auberges ferment leurs portes. Il n’y a pas de bond scientifique qui aurait accompagné la Grande Peste, on tente bien de purifier l’air mais en brûlant des herbes odorantes, on se contente surtout de masquer les odeurs.

Pour la médiéviste Claude Gauvard, il est possible que le constat de cette colère divine incarnée par la maladie ait pu alimenter l’idée de réformes politique et religieuse jusqu’à la Réforme protestante qui va bouleverser la chrétienté deux siècles plus tard. En réponse à cette manifestation de vengeance divine, on ambitionne de purifier les mœurs perverties et un retour à une vie plus sobre est préconisé. L’Etat naissant de la royauté française en sort également plus fort avec le renforcement de l’emprise de ses institutions sur une population très diminuée. Mais le point le plus important semble-t-il, le plus intime, c’est que l’on a appris à mourir seul. L’individualisme a pris davantage de place dans la société et a exacerbé la xénophobie et le repli. La recherche de boucs émissaires, se traduit par de nombreux pogroms contre les Juifs, notamment. Et Claude Gauvard conclut dans un entretien publié le 27 mars, au tout début de la crise sanitaire, que « si certains piliers humains subsistent à travers les siècles et entraînent des réactions similaires, il faut espérer que les conséquences de la crise actuelle soient plus positives qu’au moment de la Grande Peste médiévale ». On le souhaite avec elle.

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