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vers 1959, une rue de Notting Hill, où des émeutes raciales avaient récemment eu lieu.

Babylon de Franco Rosso et les tensions raciales aux Royaume-Uni sur fond de Brexit

4 min
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À l’heure du Brexit, quel rapport entretient la Grande-Bretagne avec les ressortissants de ses anciennes colonies ? Un film de Franco Rosso, Babylon, dresse le portrait des relations interraciales dans une banlieue de Londres vers 1980... Portrait d'un racisme ordinaire et décomplexé.

vers 1959, une rue de Notting Hill, où des émeutes raciales avaient récemment eu lieu.
vers 1959, une rue de Notting Hill, où des émeutes raciales avaient récemment eu lieu. Crédits : (Photo by Keystone/Getty Images) - Getty

Alors que le Brexit, depuis l’apparition de son idée même, s’accompagne d’un discours qui se veut rassurant sur les capacités du Royaume-Uni de continuer à rayonner grâce au réseau de ses anciennes colonies rassemblées dans le Commonwealth pour rester « great », les tensions avec les ressortissants de ces alliés britanniques deviennent d’autant plus urgentes à aborder.

Babylon, c’est l’histoire d’une descente aux enfers

Dans les salles aujourd’hui, le film Babylon de Franco Rosso de 1980 bénéficie d’une nouvelle sortie et on s’en réjouit. Babylon, c’est la chronique des déambulations de Dave alias Blue, jeune britannique d’origine jamaïcaine à Brixton dans la banlieue de Londres, au tournant des années 1970 et 1980. Dave travaille dans un garage, il hésite à être amoureux d’Elaine, jusqu’à ce qu’elle se lasse car Blue passe la plupart de son temps à organiser les concerts du week-end, les battles de reggae qui opposent son champion Ital Lion à son concurrent sur la scène reggae, Shaka, et à pister les derniers disques tombés du bateau en provenance d’une Jamaïque qu’il n’a jamais connue. Car Dave a passé sa vie là, le jus de béton des trottoirs de sa banlieue lui coule dans les veines, ce qui ne le protège pas des petites ou des grandes agressions racistes. Babylon, c’est l’histoire d’une descente aux enfers. 

Des relations interraciales toujours au bord de l’explosion

Une voisine lassée du bruit qui sourd du hangar où le groupe de Blue répète les noie sous un flot d’insultes racistes avec le plus pur accent cockney. Beef, le gaffeur de la bande, répond qu’il est autant chez lui qu’elle-même et que non, le quartier n’était pas plus charmant avant leur arrivée puisque, né ici, il peut témoigner que l’ambiance sinistre des rues alentour a toujours eu cet air de désolation. L’histoire de Dave est de ses proches est celle de vies patiemment construites, discrètement vécues avec de grands rêves de musique et plus modestement avec le désir de gagner un peu plus et plus régulièrement pour s’installer dans cette petite classe moyenne laborieuse britannique, justement celle de la voisine acariâtre. Une trajectoire menacée chaque jour par les provocations et les possibles dérapages lorsqu’un jour « sans », Blue répond aux  agents de police qui s’amusent à le chasser alors qu’il rentre chez lui à la nuit tombée. Des relations interraciales toujours au bord de l’explosion où le jeune Blue n’a de choix que de se taire ou d’y perdre. Un jour d’épuisement ordinaire il sort de ses gonds et la situation bascule. 

"On ne peut en supporter plus. Parce que 400 ans plus tard rien n’a changé"

« On ne peut en supporter plus. Parce que 400 ans plus tard rien n’a changé », ce sont les paroles du dernier morceau musical du film, qui en compte beaucoup, chanté par Dave alias Blue alors qu’une descente de police interrompt un concert très attendu. Babylon c’est une histoire de la banalité du racisme dans l’Angleterre des années 1970, casée dans un coin de la mémoire nationale, un ordinaire qui s’est ensuite transformé en une indifférence, incarnée depuis 2017 par le scandale Windrush. Alors que le gouvernement conservateur appliquait une politique d’instauration d’un « environnement hostile » aux migrants clandestins, près de 60 000 descendants des travailleurs caribéens, venus reconstruire le Grande Bretagne, qui en avait bien besoin après la Deuxième guerre mondiale, la génération de Dave donc, ont brutalement été menacés d’expulsion. Le motif : si le droit de s’installer durablement leur avait été donné, l’administration n’avait pas cru utile de leur délivrer les documents qui en faisaient foi et les tickets de débarquement prouvant la date de leur entrée sur le territoire avaient disparu. L’indignation de ces citoyens britanniques sans papier a été ignorée pendant plusieurs mois avant que le gouvernement de Teresa May ne présente ses excuses pour cet impair, à l’heure où le Commonwealth tient lieu d’horizon d’avenir à une Grande Bretagne hors de l’Union européenne. 

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