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Walter Williams en 1915 et 1917

1914-1918 : adolescents et combattants

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À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui dans le Journal de l’Histoire, une histoire des adolescents qui choisissent de combattre...

Walter Williams en 1915 et 1917
Walter Williams en 1915 et 1917 Crédits : Anamosa

Pourquoi s’engager à 14 ans dans une guerre qui ne vous appelle pas ? C’est la question que se pose Manon Pignot dans son ouvrage L’appel de la guerre. Des adolescents au combat 1914-1918. A l’heure où l’offensive turque en Syrie fait resurgir la question du rapatriement des engagés volontaires armés français aux côtés de Daech.

Un engagement sans causes sociales apparentes 

Difficile de trouver des causes sociales ou d’établir un schéma qui expliquerait l’engagement d’adolescents dans le combat armés. Si les enfants sont sollicités lors de la mobilisation de 1914 pour endurer les privations engendrées par la guerre, aucun discours ne s’adresse aux adolescents définis par défaut : ils n’ont plus d’obligation scolaire et peuvent travailler, mais ils n’ont pas encore atteint l’âge du service militaire. Ces adolescents combattants sont minoritaires mais leur participation aux combats de la Grande Guerre est attestée dans les troupes des pays belligérants des deux côtés de la ligne de front, et ce même dans les bataillons américains formés loin des champs de bataille. 

Quand réussir à s'enrôler devient un défi

Les adolescents combattants restent invisibles dans les archives militaires, ceux qui parviennent à s’enrôler dissimulant leur date de naissance. Manon Pignot a dépouillé les archives photographiques pour débusquer les visages trop juvéniles et les mémoires d’après-guerre rédigés par ceux qui ont survécu pour traquer cette anomie militaire devenue fait historique.

En pistant ces soldats singuliers, Manon Pignot retrouve parfois aussi leur parcours : comme dans le cas de Walter Williams, photographié une première fois dans son uniforme flambant neuf de l’Armée royale britannique en 1915 et un deuxième cliché daté cette fois de 1917 : deux années qui ont marqué le visage, si juvénile deux ans plus tôt, en raison des atrocités de cette première guerre industrielle, et de la dureté de la vie au front. Mais il y a aussi Marina Yurlova, engagée dans l’armée russe qui fuit la révolution de 1917, se retrouve aux Etats-Unis et devient danseuse à San Francisco avant d’épouser un réalisateur de cinéma. 

Derrière ce désir de guerre, des motivations diverses

Sentiment patriotique exacerbé, désir de marcher dans les traces d’une figure paternelle, désir d’aventure et de dépaysement, tous ont choisi de porter les armes sans que l’on puisse en tirer un schéma capable d’expliquer ce passage à l’acte qui scandalise toujours aujourd’hui. 

L’histoire de ces adolescents combattants est aussi une histoire de l’adolescence, de la construction de cette catégorie et de sa prise en compte sociale. Après cette Première Guerre mondiale, l’engagement militaire des adolescents persiste exclusivement dans les régimes totalitaires ou dans les états nouveaux formés après le traité de Versailles. Les démocraties européennes quant à elles élaborent le concept psycho-social de « révolte adolescente » qui peine toujours à fournir une explication satisfaisante à ces comportements morbides. Initiation à l’âge adulte par excellence en temps de guerre, l’épreuve du feu n’induit pourtant pas mécaniquement une vie marginale par la suite. Manon Pignot propose une exploration de l’influence de la culture de guerre sur ceux qui n’avaient pas l’âge de la livrer mais qui ont pourtant choisi de la faire. 

par Anaïs Kien

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