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Image extraite du documentaire de Nicolas Wadimoff : "L’Apollon de Gaza"

Dans la mêlée du conflit israelo-palestinien, chacun rêve son Apollon

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin dans le Journal de l’Histoire, une histoire de chasse au trésor.

Image extraite du documentaire de Nicolas Wadimoff : "L’Apollon de Gaza"
Image extraite du documentaire de Nicolas Wadimoff : "L’Apollon de Gaza" Crédits : Akka Films

En 2013 une statue d’Apollon de, peut-être, plusieurs millénaires est retrouvée au large de la bande de Gaza. Un trésor dont la découverte fait bientôt vibrer le monde entier. Les spécialistes se bousculent pour l’expertiser, les musées rêvent à l’idée de pouvoir l’exposer mais l’enthousiasme tourne court, la statue disparaît quelques semaines plus tard. Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa sont partis en quête des traces du dieu disparu dans un documentaire L’Apollon de Gaza

Les spéculations restent en suspens, les doutes aussi sur l’authenticité de l’objet

La piste de l’Apollon de Gaza nous plonge dans curieux mélange d’évocations entre l’ambiance monacale d’un couvent dominicain, des rues de la Gaza contemporaine et les mystères de la mythologie grecque associés en un beau sac de nœuds. Les réalisateurs partent à la rencontre des acteurs de cette histoire interrompue, du pêcheur qui l’a retrouvé, en passant par l’atelier d’un bijoutier encore sous le charme de sa rencontre qui relève la finesse des détails, la taille des cheveux crépus, les mains, et la pierre noire logée dans un des yeux, un tailleur de pierre, les remises des antiquaires, et les quelques experts qui ont pu approcher l’Apollon avant sa disparition. On oscille entre l’extase grandiose de la découverte merveilleuse et la réalité des moyens du gouvernement de Gaza.

Si l’Apollon de Gaza pourrait n’être qu’un artefact truqué, une mystification, les acteurs s’interrogent malgré tout sur les conditions de sa production. Comment une statue de près de 2 mètres, élaborée à partir de plusieurs centaines de kilos de bronze aurait-elle pu être fabriqué à Gaza sous blocus depuis 2007 et ensuite l’abandonner ? La statue aurait été escamotée des examens des spécialistes et des appétits du marché des antiquités par les autorités gazaouites qui le cacherait en lieu sûr.   

L’Apollon prisonnier, une incarnation de Gaza

L’Apollon de Gaza génère de grandes ambitions, de la convoitise, des rêves de gloire retrouvée. Chacun rêve son Apollon mais à travers le mystère du sort de cette statue c’est tout un horizon d’attente qui se montre à nous. La découverte a agi comme une capsule temporelle, un rappel de ce qu’avait été Gaza, lorsqu’un temple d’Apollon fut construit dans la florissante cité commerciale, lorsqu’Alexandre Legrand est passé par là, un âge d’or relégué par l’histoire d’un conflit israelo-palestinienne sans fin, celle d’une ville en état de siège. La vérité importe finalement peu dans cette histoire de statue évanouie dans la nature, c’est la force de fable de cette histoire qui l’emporte. L’Apollon prisonnier, incarne Gaza et lui restitue un trésor précieux, un patrimoine, de l’inestimable, un objet chargé d’affect, d’image et d’évocations, peu importe son prix, c’est sa charge symbolique qui lui donne sa valeur. L’Apollon de Gaza, c’est une histoire à se raconter à l’image de ce personnage qui fabrique sans cesse ces têtes d’Apollon en attendant sa réapparition, la reproduction d’un espoir nécessaire à chaque jour.

par Anaïs Kien 

Pour plus d'informations : L’Apollon de Gaza, un documentaire de Nicolas Wadimoff, en collaboration avec Béatrice Guelpa, actuellement en salle.

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