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Belchite, Aragon, Espagne - Ville détruite pendant la guerre civile espagnole (1937)

Que faire de nos ruines ? Belchite, le premier village-martyr de l’histoire européenne

4 min
À retrouver dans l'émission

Belchite, ville ruine-fantôme de la province de Saragosse fut le théâtre de combats acharnés entre nationalistes et républicains durant la guerre d'Espagne. Franco décida que cette ville détruite serait le témoin-martyr des abus commis par ses opposants, les privant du même coup de ce privilège.

Belchite, Aragon, Espagne - Ville détruite pendant la guerre civile espagnole (1937)
Belchite, Aragon, Espagne - Ville détruite pendant la guerre civile espagnole (1937) Crédits : Jahidalgoaloy

Les commémorations nous rappellent régulièrement les passés qui feraient sens encore aujourd’hui. Mais ces moments sont l’occasion de débats parfois féroces et les détails peuvent être déterminants. On se souvient de la polémique au cours de l’« itinérance mémorielle » d’Emmanuel Macron sur les champs de bataille de la Première guerre mondiale en novembre 2018  lorsqu’il avait été question de rendre hommage aux maréchaux français qui avaient contribué à la victoire. Rendre hommage aux maréchaux, c’était un détail auquel peu de citoyens prêtaient vraiment attention. Tout aurait pu se passer dans l’indifférence générale à ceci près que figure toujours parmi eux le maréchal Philippe Pétain. Scandale, pouvait-on rendre les honneurs au chef de la collaboration d'État sous l’Occupation allemande ? Sa trajectoire pendant la Deuxième guerre mondiale gâchait sa bonne réputation gagnée au cours de la Première. Si le parcours des hommes célébrés peut briser leur postérité qu’en est-il des lieux et plus particulièrement des ruines ?

Dans son ouvrage Belchite, Ruines-fantômes de la guerre d’Espagne, Stéphane Michonneau nous raconte l’histoire du premier village-martyr conservé de l’histoire européenne. Situé à 40 km au sud de Saragosse, Belchite est passé de mains en mains à partir de 1936 sous domination franquiste et républicaine au gré des victoires militaires et au prix de son existence même. La singularité de ce site tient dans ce que Franco a voulu en faire après sa victoire : il a été interdit à quiconque de détruire ou de reconstruire le bourg qui se devait, à travers ses ruines, de représenter la mémoire de cette guerre, interprétée selon la mystique franquiste comme le symbole de la rédemption espagnole après la tentation républicaine.

Belchite est devenu un des sites emblématiques de la guerre civile. De très nombreuses célébrations y sont organisées jusqu’au milieu des années 1960 par les autorités franquistes, sans protéger ses ruines qui s’effondrent progressivement devant les touristes nombreux à s’y rendre même en dehors des temps forts de commémoration officielle. Après la disparition du franquisme d'État au milieu des années 1970, Belchite, en tant que lieu de mémoire central du franquisme embarrasse la jeune démocratie espagnole en quête d’une politique de réconciliation. Mais le site constitue aussi une opportunité en tant lieu réunissant les expériences de guerre républicaine et franquiste qui pourrait accueillir une mémoire commune. On cherche alors à neutraliser le caractère subversif de l’histoire d’une guerre civile entre démocrates et antidémocrates, entre vaincus et vainqueurs, dont les complexités font toujours débat aujourd’hui, pour adopter un discours qui se veut consensuel : tous les combattants ont été les victimes de ce conflit fratricide et peuvent à ce titre partager ces lieux de commémoration. Une solution temporaire peu satisfaisante et l’échec de l’usage du champ de ruines de Belchite qui résiste à tous les détours politiques de son interprétation, incapables de répondre aux mémoires républicaines dans une ville investie pendant des décennies par l’interprétation franquiste de l’évènement.

Comment conserver le sens des ruines dans un espace public alors que tout se transforme autour ?  Depuis les années 1990, le silence garant de la réconciliation nationale n’est plus de mise. Belchite est aussi le lieu d’une mémoire en mouvement qui en fait l'un des sites de la guerre d’Espagne les plus visités aujourd’hui. Bien loin d’être un village-fantôme figé pour l’éternité Belchite incarne le paysage mouvant de mémoires plurielles toujours en construction.

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