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François Fillon en 2016

D'Héliogabale à François Fillon, quel est le bon look du pouvoir ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Qu’est-ce qu’un homme politique bien sapé ? A l’heure où s’ouvre le procès de François Fillon, discrédité dans l'opinion par l’affaire de ses costumes Berluti lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017,penchons-nous sur les atours appropriés au bon exercice du pouvoir dans l’histoire

François Fillon en 2016
François Fillon en 2016 Crédits : Stephane Grangier - Corbis - Getty

- J’ai eu tort de les accepter, j'ai eu tort, je vois que ça a choqué beaucoup de gens... J'ai fais une erreur jugement, donc ces costumes je les ai rendus. Je les ai rendus à celui qui me les a offerts tout en lui conservant mon affection, c'était une erreur.   
- Vous les aviez portés ?   
- Oui je les avais portés, vous voyez je vous dis la vérité. François Fillon lors de "L'Emission politique" sur France 2, 23 mars 2017

Elagabal, un goût du luxe inapproprié à la fonction impériale ?

Dans la dernière livraison de la Revue Historique, Agnès Bérenger relate le parcours politique et vestimentaire tragique d’Elagabal, (ou Héliogabale), empereur romain resté célèbre dans les mémoires de ses citoyens et de ses chroniqueurs pour sa garde-robe et son goût de l’apparat décalé. Auguste, un de ses prédécesseurs trois siècles plus tôt, bénéficiait d’une excellente réputation pour la sobriété de sa mise et pour ses vêtements qu’il affirmait être confectionnés à domicile par son épouse et ses filles, que l’on peut soupçonner d’avoir bénéficié du coup de main de quelques esclaves. 

Elagabal règne seulement quatre ans, de 218 à 222 de notre ère. Epris du dieu solaire - dont il porte le nom - il accède  au pouvoir à l’âge de 14 ans. Réputé pour ses tenues excentriques, l'empereur s’assure la réprobation des mémorialistes de son temps en conservant sa garde-robe une fois au pouvoir, et en repoussant la toge traditionnelle des édiles romains. 

Un faste incompatible avec la sobriété républicaine

C’est Hérodien qui s’efforce de démontrer les piètres qualités de cet empereur adolescent puisqu’il n’est ni pieux, ni vertueux, ni invincible et que ses tenues témoignent de son incapacité à exercer le pouvoir : Elagabal porte des vêtements longs à l’orientale qui couvrent ses bras et ses jambes alors que le Romain exhibe fièrement ses membres. Ses nippes sont faites de soie, matière trop luxueuse pour être honnête et affiche un goût bien trop féminin pour la couleur pourpre et les bijoux jusqu’à ses chaussures incrustées de pierres précieuses. 

Sans parler des fards et des couleurs qui ornent les yeux et les joues d’Elagabal, c’en est trop et sa chute - massacré par l’armée - apparaît salutaire aux yeux des partisans de la sobriété républicaine à laquelle il n’a jamais voulu se conformer, malgré les conseils avisés de sa grand-mère inquiète du qu’en dira-t-on. Elagabal avait pourtant pris les devants et par prudence, pour habituer les élus du Sénat à la nouveauté de sa mise exotique, il avait fait envoyer un portrait le représentant lors de son entrée à Rome en tant qu’empereur. En vain. Agnès Bérenger souligne malgré tout qu’en dehors du clinquant de ses tenues, ses frasques sexuelles, ses innovations religieuses discutables, son goût pour la danse en public - et pour le meurtre - n’ont rien arrangé à la situation de celui qui resta sourd au code moral de son empire jusqu’à sa chute précoce. 

par Anaïs Kien 

Pour plus d'informations : Agnès Bérenger, « Se vêtir comme un empereur : les déviances d’Élagabal », Revue historique, vol. 693, no. 1, 2020, pp. 3-24.

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