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Niels Schneider dans le film "Sympathie pour le diable"

Le Siège de Sarajevo, le temps de l'histoire?

4 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui cinéma dans le Journal de l’Histoire avec une plongée au cœur du siège de Sarajevo avec un film qui sort en salle aujourd’hui.

Niels Schneider dans le film "Sympathie pour le diable"
Niels Schneider dans le film "Sympathie pour le diable" Crédits : Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms

Sympathie pour le diable de Guillaume de Fontenay, c’est l’adaptation au cinéma du roman de Paul Marchand qui retrace une partie de son expérience en tant que correspondant des radios francophones publiques pendant le siège de Sarajevo. Paul Marchand, notre héros a toute la panoplie du reporter dur à cuir avec son bonnet emblématique perpétuellement enfoncé sur la tête et son cigare à la bouche, y compris au volant de sa voiture lancée à toute vitesse pour narguer les tirs de snipers. Mais voilà, la violence et l’absurdité vécue par cette population enfermée dans une ville cernée par les tirs serbes ennemis sous la surveillance des casques bleus ouvre une brèche dans l’assurance bien huilée de Paul Marchand qui a pourtant déjà couvert la guerre du Liban et la Guerre du Golfe.  

Un moment fondateur de la mémoire des journalistes

Le siège de Sarajevo constitue un moment fondateur de la mémoire des journalistes de la fin du XXe siècle, par sa durée, quatre ans, c’est le siège le plus long de la période contemporaine, mais aussi par sa nature : violente évidemment, contre une population civile et sous l’œil impassible de la communauté internationale.  Parmi les reporters qui l’ont couvert, ils sont nombreux à avoir témoigné de cette guerre hors normes et a y avoir trouvé la mort. 

Nous sommes en novembre 1992, lorsque s’ouvre Sympathie pour le diable, Paul Marchand travaille dans la ville assiégée depuis le début. On le suit entre boîtes de nuits, studios de radios et parties de poker avec ses confrères et les travailleurs humanitaires en attendant le décompte du nombre de morts quotidien. Le journaliste nous apparaît d’abord excité, consciencieux mais grisé par la conscience d’en être, de se trouver à l’endroit où l’histoire se joue, au point le plus chaud des tensions du monde de l’après-guerre froide. Le réalisateur, Guillaume de Fontenay dresse le portrait de ces journalistes dépendant de la proximité immédiate du danger de la mort des autres mais aussi de la sienne. 

Comment garder le lien avec sa mission journalistique ?

Dans la confusion de ces premières guerres civiles non conventionnelles où les armées et la presse apprennent dans le chaos une nouvelle forme de guerre, Paul Marchand sort sans surprise de sa neutralité professionnelle après la mort absurde d’un enfant.

Comment garder le lien avec sa mission, comment raconter au monde qui ne voit pas ce qui advient et comment rester audible sans faire sienne la tragédie des autres ? Paul Marchand s’est donné la mort en 2009 bien après avoir quitté Sarajevo. Sympathie pour le diable explore parfois avec une certaine maladresse l’impact de Sarajevo sur une profession, la contamination de ces nouvelles guerres qui tournent le dos au droit international et qui, même lointaines, engagent les sociétés qui les regardent. Le film s’achève avec le départ de son héros, comme les guerres qui disparaissent lorsqu’on oublie qu’elles ont toujours cours. 

par Anaïs Kien 

Pour plus d'informations : 

  • Le film Sympathie pour le diable de Guillaume de Fontenay, en salle le 27 novembre 2019
  • Le documentaire : Yougoslavie l'autre côté du miroir réalisé par Vincent de Cointet en 2017, pour comprendre l'histoire de la création de la Yougoslavie et de sa disparition jusqu'au siège de Sarajevo.
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