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Habitants autochtones de Nouvelle-Calédonie, vers 1880.

Comment réussir une décolonisation ? A propos du referendum qui se prépare en Nouvelle Calédonie

4 min
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Dimanche la Nouvelle-Calédonie va s'exprimer dans les urnes et décider de son avenir. Cette société, divisée, avait tourné le dos à son indépendance en 2018. Parviendra t-elle cette fois a regarder son histoire en face et à faire toute la place aux populations premières, à l'identité Kanak ?

Habitants autochtones de Nouvelle-Calédonie, vers 1880.
Habitants autochtones de Nouvelle-Calédonie, vers 1880.

Dimanche en Nouvelle Calédonie, les électeurs se prononcent sur leur éventuelle future indépendance. C’est le deuxième referendum sur trois prévus par les accords de Nouméa signés en 1998 avec l’objectif, et c’est là le caractère inédit de ce processus, de réussir, peut-être pour une fois, la décolonisation d’un territoire français. Cet accord historique de décolonisation avait été trouvé dix ans après les violences des années 1980 et son épisode le plus marquant : la prise en otage d’une vingtaine de gendarmes dans une grotte à Ouvéa par les indépendantistes du FLNKS et l’intervention militaire sanglante pour les sauver en 1988. La question soumise à referendum le 4 octobre est directe, longuement réfléchie par le gouvernement d’Edouard Philippe, pour le premier vote, c’était en 2018.

En 2018, les opposants à l’indépendance l’avaient emporté par plus de 56% des voix, une victoire incontestable mais loin d’être écrasante qui décrivait une société néo-calédonienne profondément divisée sur son avenir. Comment se rêve la Nouvelle Calédonie ? C’est à cette question que tente de répondre l’historienne Isabelle Merle dans un article publié dans la revue numérique AOC qui analyse la campagne du referendum de 2020 et notamment celle des partisans du « non » et leur rapport à l’histoire. Les Indépendantistes, largement kanaks, ont un programme commun, contrairement au camp du « non », divisé entre « Calédonie Ensemble » pour rester au sein de la République mais en trouvant un espace commun avec les Indépendantistes et le camp loyaliste, regroupement de tout le spectre de la droite conservatrice, qui n’imagine aucun destin calédonien en dehors de la sphère d’influence française. C’est à ce « non » radicale des Loyalistes que s’est intéressé Isabelle Merle, à leur usage de l’histoire ou plutôt à leur refus de la prendre en considération. Leur campagne se fait aujourd’hui en faveur d’«une Nouvelle-Calédonie fière de son identité et fière d’être française », c’est bien là que le bât blesse : l’identité.  

En épluchant le matériel de campagne mobilisé : ses visuels, ses slogans, Isabelle Merle déchire la carte postale pour débusquer un déni de l’histoire, voir du réel. Sur les affiches et plaquettes de campagne, les Kanaks sont représentés isolés, tournant le dos au regard, relégués à la marge d’une Nouvelle Calédonie en marche vers l’avenir. L’identité néo-calédonienne des Loyalistes se construit de manière incertaine, autour de valeurs océaniennes floues, mais surtout sans les Kanaks, absent ou à la marge de leur programme et du discours électoral si ce n’est en filigrane en tant que menace dans les revendications sécuritaires ou les revendications de garantie du droit de propriété. Une campagne loyaliste qui dit le refus de prendre en compte trente années de discussion pour construire le « destin commun », mentionné dans les Accords de Nouméa, et une société partagée, consciente des préjudices infligés aux populations premières par le système colonial, impossible à ignorer depuis l’épisode de violences de la fin des années 1980, Michel Rocard était alors Premier ministre.

Comment réussir une décolonisation, c’est la question qui se posera à la Nouvelle Calédonie quel que soit le résultat du referendum à venir, à l’intérieur ou en dehors de la République française. Avec le risque comme on peut le lire dans l’ouvrage collectif dirigé par Joseph Confavreux, Une décolonisation au présent, de rater ce moment et l’occasion d’une émancipation de la relation coloniale avec la certitude que la décolonisation des pratiques et des esprits est toujours en cours.

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