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Gravure colorée du prêtre jésuite portugais Antonio Vieira (1608-1697) lors d'un prêche au Brésil. Il est connu pour ses positions en faveur des droits humains des peuples indigènes du Brésil et pour sa critique de l'esclavage et de l'Inquisition.

Une histoire singulière entre le Brésil, l’Afrique et l’Europe

3 min
À retrouver dans l'émission

La vie de Pascoa Vieira, esclave angolaise déportée au Brésil au tournant du XVIIe siècle est exhumée des archives par Charlotte de Castelnau-L’Estoile. Victime de l'esclavage et de l'inquisition, accusée de bigamie, Pacoa devra répondre de ces accusations à Lisbonne. Une histoire abracadabrante.

Gravure colorée du prêtre jésuite portugais Antonio Vieira (1608-1697) lors d'un prêche au Brésil. Il est connu pour ses positions en faveur des droits humains des peuples indigènes du Brésil et pour sa critique de l'esclavage et de l'Inquisition.
Gravure colorée du prêtre jésuite portugais Antonio Vieira (1608-1697) lors d'un prêche au Brésil. Il est connu pour ses positions en faveur des droits humains des peuples indigènes du Brésil et pour sa critique de l'esclavage et de l'Inquisition. Crédits : Getty

Le Jury du prix du Sénat du Livre d’Histoire a voté mercredi 2 décembre et la gagnante est Charlotte de Castelnau-L’Estoile pour son ouvrage « Pascoa et ses deux maris, publié aux Presses universitaires de France. C’est en raison de cette bigamie que Pascoa Vieira comparaît devant le tribunal inquisitorial de Lisbonne en 1700. On en sait peu sur elle : son illettrisme, son parcours d’esclave, transportée d’un maître à l’autre exception faite de sa manière de se défendre face à ses juges. D’abord esclave en Angola, elle l’est encore au Brésil après sa déportation, où elle se marie une seconde fois alors qu’elle avait un époux bien vivant en Angola. L’objet central du livre c’est le dossier de son procès : sept années de procédure et 4 allers-retours entre les deux continents de part et d’autre de l’Atlantique pour acheminer les documents nécessaires à sa conduite dans une affaire domestique qui pourrait paraître sans importance. C’est que l’affaire de Pascoa est érigée en affaire exemplaire à l’heure d’un rappel à l’ordre morale de la société esclavagiste. Actrice de son histoire pourtant contrainte par l’esclavage et l’inquisition, elle déclenche une contre-enquête pour échapper à une condamnation trop lourde grâce à ses liens familiaux persistants en Angola.  C’est son statut de baptisée qui lui donne ce droit à un procès dans les formes, une ambivalence amère du rôle de l’Église catholique qui consent à la réduction d’hommes et de femmes à l’état de forces de production captives et leur offre les sacrements de l’église, leur ouvrant, paradoxalement, les droits qu’ils n’ont pas autrement.  

Née en Angola où elle vit ses 25 premières années, elle est punie et vendue comme esclave au Brésil où elle se marie pour la deuxième fois, une biographie et une enquête qui prennent les dimensions de l’empire portugais où les vies et les imaginaires sont étroitement contrôlés. Un espace gigantesque sur trois continents : entre le sous-continent américain, l’Afrique et l’Europe qui expose la connexion mondiale qui fonctionne déjà pleinement avec ses lenteurs mais aussi avec une grande efficacité.  

Une micro-histoire très incarnée, écrite avec un goût du suspens prononcé, un récit bien mené avec ses péripéties et ses zones d’ombre.  

C’est en s’interrogeant sur la place du mariage des esclaves, que Charlotte de Castelnau-L’Estoile a trouvé le dossier judiciaire de Pascoa. Une manière d’approcher au plus près la vie des esclaves si mal connue, si mal documentée habituellement, un moyen de les faire apparaître et dans le cas de Pascoa de les faire entendre.  

Liens : 

Charlotte de Castelnau L'Estoile, Páscoa et ses deux maris, Une esclave entre Angola, Brésil et Portugal, PUD, 2020.

Isabelle de Gaulmyn, Des livres dans la valise, « Pascoa et ses deux maris » de Charlotte de Castelnau-L’Estoile, La Croix, 06/08/2019. 

Pap Ndiaye , La vie retrouvée de Páscoan L'Histoire, juin 2019

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