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Des soldats républicains s'entraînent pendant la guerre civile espagnole.

La construction d’une image riche d’histoire

3 min
À retrouver dans l'émission

La photo de Robert Capa, prise en 36 et montrant un soldat républicain fauché par les balles des nationalistes de Franco n'en finit pas de faire parler d'elle. Mise en scène ou réelle, n'est-ce pas tout compte fait son pouvoir symbolique qui importe ?

Des soldats républicains s'entraînent pendant la guerre civile espagnole.
Des soldats républicains s'entraînent pendant la guerre civile espagnole. Crédits : Getty

Le faux est parfois l’allié du vrai. C’est ce que nous dit Vincent Marie dans un nouvel article de la série « Cases-Mémoires » de la revue en ligne Entre-Temps consacrée à la fabrique des images de bandes dessinées. Vincent Marie a choisi une case de la bande-dessinée de Baru Bella Ciao qui poursuit son exploration de l’histoire de la diaspora italienne. 

La case choisie dans le roman graphique représente un combattant fauché par une balle de plein fouet. Son corps est encore en suspension avant l’effondrement et sa fin, fusil à la main. Baru situe son image sur le front d’Aragon pendant la bataille de Caspe, en 1938 pendant la Guerre d’Espagne. Ce qui frappe immédiatement les yeux de celui ou de celle qui regarde c’est la façon dont ce dessin appelle d’autres images et notamment la photographie de Robert Capa, « La mort d’un soldat républicain », mondialement connue. « Une allégorie de la défense de la République espagnole et une prémonition de sa chute ». Une photo qui fait toujours débat mais qui s’est installée dans la mémoire visuelle comme représentant cette défaite tragique de la république en Espagne. On y voyait une même scène d’un combattant frappé par une balle ennemi de face, son corps sur le point de toucher le sol qu’il ne quitterait plus. Une photographie sur le vif, un instant saisi, dont la rareté avait éveillé les doutes. Les débats sont encore en cours sur l’authenticité de la situation et sa probable mise en scène par le photographe. Mais ce qui intéresse Vincent Marie dans cette analyse d’image, n’est pas le caractère documentaire de cette photo évoquée par le dessin mais un détail mis en valeur par Baru : un foulard rouge autour du coup de celui qui meurt. Car le personnage de Baru n’est pas un soldat espagnol, c’est un italien, son héros Ezio, qui porte son héritage autour du cou : un foulard rouge, seul élément de couleur dans l’image en noir et blanc. Un bout de tissu légué par son père communiste impuissant face à la prise du pouvoir du fascisme en Italie des années 1920 et son émotion avec cette indignation impuissante mais partagée avec son fils, alors enfant. Un objet chargé de sa mémoire familiale qui l’accompagne dans ses engagements d’adulte.  

Un italien combattant dans la Guerre d’Espagne, c’est le parcours des engagés volontaires armés au service de la république espagnole, les Brigades internationales, qui est contenu dans ce foulard rouge : l’histoire d’une transmission symbolique d’un père à un fils incapable d’influer sur le destin de leur pays et l’opportunité dans un pays lointain de contribuer au changement en exportant un idéal sur un autre territoire, dans le souffle de la résistance encore possible des autres, où il trouvera la mort.  

L’image de Baru contient toute cette histoire : une photo, peut-être truquée, mais une transmission réelle au service de l’activation de notre imaginaire historique.  

Liens :

  • Vincent Marie, Cases-mémoires, images mémoire(s) de la guerre d'Espagne, Entre Temps, 26/01/2011.
  • Baru, Bella Ciao (uno), Album, Futuropolis, Parution : 16/09/2020. 
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