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: Pol'and'Rock Festival connu aussi sous le nom de Przystanek Woodstock, en Pologne, 2017. Wikimedia.

L'histoire des festivals ou l'invention de l'utopie festive

4 min
À retrouver dans l'émission

Les festivals font aujourd'hui partie de nos pratiques culturelles. Cinéma, musique, gastronomie…. Ils sont légion. Mais connaissez-vous leur origine ?

: Pol'and'Rock Festival connu aussi sous le nom de Przystanek Woodstock, en Pologne, 2017. Wikimedia.
: Pol'and'Rock Festival connu aussi sous le nom de Przystanek Woodstock, en Pologne, 2017. Wikimedia. Crédits : Ralf Lotys (Sicherlich)

Avignon, Cannes, l’Oktoberfest, Coachella, tous les grands festivals ont été annulés cette année mais pas les Rendez-vous de l’histoire de Blois, et on s’en réjouit, parce qu’on aime les festivals et l’histoire.

Pour éviter ces annulations sèches, des dispositifs de festivités à distance sont parfois proposés : des conférences numériques, des plateformes de visionnage à distance pour faire son festival à la maison dans un espace domestique, confortable et maîtrisé qui renverse totalement le principe même du festival. Parce qu’un festival, c’est quoi ? C’est le tourbillon, la surenchère, le bordel, les zones de piétinement maximal et une gastronomie approximative, inscrite au registre du folklore de ces rassemblements massifs. Le paysage culturel se trouve chamboulé par toutes ces annulations parce qu’aujourd’hui tous les domaines de la culture ont leur festival, du mouton au piano en passant par le film d’horreur et le fromage de chèvre. Comment cette forme festive et culturelle inimaginable sans une foule est-elle née ?

Pascal Ory, s’est risqué à une histoire de l’invention du festival.

De nombreux évènements ressemblent à des festivals dès le XVIIIe siècle sans en porter le nom, jusqu’à la contamination du terme anglais détaché de son sens premier. Les festivals sont d’abord religieux et charitables, avant de devenir essentiellement musicaux et enfin de s’ouvrir à tous les domaines.

Les Festspielen germaniques, les orphéonies britanniques et en France le Théâtre du Peuple de Bussan créé par Maurice Pottecher dans les Vosges. La forme du festival s’est inventée, avec ses modèles, ses contre-modèles, et bientôt ses rivalités, ses acteurs centraux et ses marginaux.

Berlioz et Strauss demandent leur festival avec insistance au Préfet de Paris en 1844 sur le modèle de« ces fêtes musicales qui excitent toujours au plus haut degré l’intérêt des amis de l’art et sont en même temps un sujet de nobles jouissances pour les populations ».

Albert Savignac écrit en 1897 :« On va à Bayreuth comme on veut, à pied, à cheval, en voiture, à bicyclette, en chemin de fer et le vrai pèlerin devrait y aller à genoux », une dévotion sans limite, parce que le festival invente une manifestation néo-religieuse avec ses héros vénérables au siècle de la déchristianisation, un nouveau culte culturel, avec ses rituels, ses frites molles, ses héros et ses héroïnes.La Révolution française s’était bien essayée à faire de la fête un mode de gouvernement mais avec un succès mitigé, difficile de continuer à faire tourner les serviettes quand toutes les monarchies voisines vous tombent dessus armées jusqu’aux dents.

Les arts lyriques, le hell fest, la littérature de voyage à Saint Malo, le film de femmes à Créteil, après la Deuxième guerre mondiale, la « festivalisation » s’empare du monde : Cannes, Locarno, Edimbourg, Chambéry, Deauville, on multiplie les veillées d’armes non plus pour se faire la guerre mais pour célébrer les arts et la paix.

La politique y avait déjà fait son nid dans l’entre-deux-guerres, avec la création du festival de Cannes pilotée par le gouvernement français pour concurrencer la Mostra de Venise désormais sous tutelle fasciste. Le festival est politique, qu’il soit international, nationale, local. Même la guerre froide a ses festivals : ils sont mondiaux et de la jeunesse dans les pays de l’Est à partir de 1947.

Le festival, c’est aussi une occasion d’exister pour les cultures illégitimes qui s’aménagent des espaces alternatifs, et s’implantent par là durablement dans le paysage, comme le cinéma et la bd.

Chaque édition se doit d’avoir sa particularité, ses séquences mémorables, ses performances exceptionnelles, ses débats, ses scandales ou ses intoxications alimentaires, et ses rencontres artistiques inédites et non reproductibles.

C’est aussi pour ceux qui s’y rendent, au festival, une autre manière d’être au monde le temps de quelques jours. Ce qui séduit c’est le spectacle présent partout, sur scène ou dans la rue. L’extraordinaire advient dans les prestations virtuoses mais aussi dans l’application des spectateurs à vivre en festivaliers et donc à devenir les coproducteurs de l’évènement. C’est cette communauté qui fait surgir la fête, l’incarnation d’une utopie, le temps d’un week-end ou d’une semaine.

Alors mobilisons notre énergie festive mais gardons-en un peu pour le reste de l’année, d’autant plus pour celle-ci peut-être.

lien :

Anaïs Fléchet, Pascale Goetschel, Patricia Hidiroglou, Sophie Jacotot, Caroline Moine, Julie Verlaine, Une histoire des festivals - XXe-XXIe siècle, Éditions de la Sorbonne, 2013. 

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