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 Membres du cabinet fantôme du parti conservateur britannique à la Chambre des communes, à Westminster, à Londres, lors de l'inauguration du Parlement, le 24 novembre 1976.

Brexit : s’assoir ou ne pas s'assoir sur l'inéluctable ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Anaïs Kien revient sur une séquence emblématique de l'actualité de cette rentrée - et qui bien au-delà marquera sans doute l'histoire du Parlement britannique : la clôture de la session parlementaire qui s'est accompagnée des chahuts débridés des députés et des responsables politiques de tout bord.

 Membres du cabinet fantôme du parti conservateur britannique à la Chambre des communes, à Westminster, à Londres, lors de l'inauguration du Parlement, le 24 novembre 1976.
Membres du cabinet fantôme du parti conservateur britannique à la Chambre des communes, à Westminster, à Londres, lors de l'inauguration du Parlement, le 24 novembre 1976. Crédits : Central Press/Hulton Archive - Getty

Finis les "Ordeeer !" de Bercow, le Yoda des parlementaires britanniques qui nous manque déjà. Finis les embrouilles de banc, finies les humiliations répétées de Boris Johnson. La dimension dramatique de ce moment politique a galvanisé les amateurs de beaux gestes, d’activisme créatif, de gestes symboliques et, bien sûr, de références historiques. Et la presse y a largement puisé pour alimenter la désormais incontournable chronique d'un Brexit annoncé, souvent en panne d’inspiration depuis des mois. 

Martyn Bennet dans The Conversation commente la dernière journée de la session de la chambre des communes. Souvenez-vous : pour empêcher leur congé forcé, les parlementaires ont tenté d’empêcher le speaker, David Bercow de s’asseoir sur son fauteuil présidentiel. En 1629, une opération comparable avait eu lieu mais cette fois-ci les députés s’étaient assis directement sur le président de la Chambre pour l’empêcher de la quitter et donc d’achever sa clôture. Et avaient adopté, tout en le contraignant par ce corps-à-corps, une série de motions condamnant les politiques du roi. Pour Martyn Bennett, John Bercow n’en méritait pas tant puisqu’il avait ouvertement désapprouvé la décision du Premier ministre de se passer du Parlement pendant les négociations avec Bruxelles. 

France TV info décrit l’ambiance de la salle après la levée de séance lundi, et décrit comment quelques parlementaires de l’opposition qui traînaient encore leur désœuvrement dans la salle ont décidé d’entonner toutes sortes d’hymnes dont Scots Wha Hae, un chant du XVIIe siècle écrit pour célébrer la souveraineté de l’Ecosse vis-à-vis du royaume d’Angleterre. Rappelons que l’Ecosse a majoritairement voté contre le Brexit. 

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Mais ces moments savoureux avaient commencé bien avant

En mars dans le Daily Telegraph, on pouvait lire comment le même Bercow, baptisé "Ziggy Bercow" à cette occasion pour souligner l’aura qu’il avait déjà acquise à ce moment-là, avait fait obstacle à la stratégie de Theresa May qui misait sur la lassitude de l’assemblée en proposant inlassablement le même texte d’accord de sortie de l’Union européenne, en invoquant une jurisprudence du XVIIe siècle brisant ainsi la tradition des votes sans fin qui faisaient jusqu’alors le quotidien de Westminster. Laurent Joffrin dans Libération est allé voir de plus près l’origine de ce texte arrêté en 1604, un an après la mort d’Elizabeth Ière, selon lequel l’exécutif ne peut pas présenter trois fois de suite le même texte aux députés. La trouvaille de Bercow a été saluée par une bordée d’injures côté Conservateurs, et l’inspiration de Joffrin ne s’épuise pas puisqu’il le compare au « retors Francis Drake, l’amiral élizabethain vainqueur des Espagnols et admiré par tous les Anglais ». Ziggy Bercow en a séduit plus d’un et rendu ces interminables débats plus attrayant pour la presse aussi !

Certains sont remontés bien loin dans l’histoire du Royaume Uni

Le désœuvrement a poussé Le Figaro à remonter jusqu’au XIe siècle pour commenter le protocole royal de promulgation des lois et plus particulièrement de la loi votée in extremis qui a contraint le Premier ministre à un report de trois mois du Brexit si aucun accord n’est trouvé avec Bruxelles avant le 31 octobre. Pour acter d’une nouvelle loi, sa lecture est ponctuée d’un exotique "La Reyne le veult" en vieux français. C’est un héritage médiéval, depuis le onzième siècle et la conquête de la Normandie par soucis d’intégration des proches Normands de Guillaume le Conquérant. Les lois sont écrites en vieux français jusqu’au couronnement en 1399 d’Henri IV, pas celui de la poule au pot, celui de X, premier roi d’Angleterre à pratiquer l’anglais depuis la conquête normande trois siècles plus tôt. 

Martyn Bennett dans The Conversation le rappelle, ces prorogations et dissolutions surviennent en temps de crise. Tout occupés à jouir du spectacle, on en aurait presque oublié l’enjeu du moment : l’imminence de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

par Anaïs Kien

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