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Portrait de Lakshmibai, le Ranee de Jhansi, (1850 ou 1860), héroïne de la révolte des Cipayes. British library. Wikipédia.

Comment raconter l’histoire des décolonisations aujourd’hui ? Le débat est ouvert !

4 min
À retrouver dans l'émission

Deux documentaires diffusés l'un sur Arte, l'autre sur France 2, nous proposent, une fois n'est pas coutume, de voir la décolonisation à travers le regard des colonisés.

Portrait de Lakshmibai, le Ranee de Jhansi, (1850 ou 1860), héroïne de la révolte des Cipayes. British library. Wikipédia.
Portrait de Lakshmibai, le Ranee de Jhansi, (1850 ou 1860), héroïne de la révolte des Cipayes. British library. Wikipédia.

Impossible de se défaire de l’actualité des mémoires coloniales dans l’espace public : déboulonnages en série, restitutions ardues, en ce moment la partie exubérante de l’histoire qui blesse se trouve sans conteste à cet endroit-là. Les médias couvrent largement cette actualité entêtante, souvent, avec l’impression de stagner et surtout avec la certitude qu’on ne s’en sortira pas de sitôt. Cette année deux séries documentaires ont été diffusées sur des chaînes de service public, toutes les deux intitulées Décolonisation. La première, diffusée en janvier sur Arte, la deuxième sur France 2, la semaine dernière, avec une confusion immédiate entre les deux programmes homonymes, qui donnent pourtant des visions très différentes du sujet parce que loin de voir se répéter la même histoire, on y voit apparaître deux rapports au présent qui les distinguent très nettement. Sous un titre similaire deux points de vue, deux propositions et même deux attitudes face à l’histoire de la décolonisation aujourd’hui.  

La série la plus récente, Décolonisation, du sang et des larmes, réalisée par David Korn-Brzoza et Pascal Blanchard, s’intéresse à la décolonisation française. Le récit se focalise sur le démembrement progressif de l’empire et se situe d’emblée à l’intérieur même de la matrice coloniale par une séquence inaugurale en 1931 dans l’Exposition coloniale internationale de Paris. La voix off expose au cours des deux épisodes le déni impérial face à sa déchéance, un récit chronologique très politique en archives colorisées, entrecoupé de témoignages de descendants de colonisés qui font part de leur mémoire familiale douloureuse, des épisodes de violence extrême et des mauvais traitements infligés aux indigènes des colonies racontés et transmis par leurs aînés. 

Une histoire et un bilan des crimes coloniaux qui tranche avec la deuxième série, intitulée Décolonisation aussi, de Karim Miské, Marc Ball et Pierre Singaravélou, qui prend le parti de raconter la colonisation du point de vue de ceux qui l’ont combattue.   

Cette fois c’est une histoire mondiale d’une décolonisation qui commence dès la conquête. Le ton est donné : le récit sera du côté des révoltés contre le colonialisme, de ceux qui auraient pu changer le cours des choses s’ils avaient été écoutés, la trajectoire de ceux qui ont combattu la colonisation dès son apparition sur leur sol.  De l’Inde à l’Afrique du Sud en passant par le Vietnam et le Maghreb, on traverse la contestation des empires directement dans les territoires conquis pour un récit qui ne cache pas sa volonté de sortir des représentations humiliantes des colonisés, trop souvent privilégiées pour dénoncer un passé dont les victimes sont réduite à une passivité qui les rend absentes à leur histoire. Une série à contre-courant, qui réarme l’esprit sans pour autant négliger les anonymes qui se sont soumis pour survivre.

Deux séries à découvrir donc, avec un sujet commun en apparence mais leur programme est différent : pour l’une il s’agit d’établir la nécessaire liste des crimes et de donner la parole aux descendants des victimes de la colonisation, une déploration et une dénonciation. Pour l’autre c‘est un renversement de la tradition historique qui embrasse l’histoire des colonisés à l’endroit de leur luttes précoces et persistantes contre la domination européenne. Si les deux semblent nécessaires, il ne s’agit pas d’opposer les victimes aux héros et les crimes du colonialisme doivent être dits et transmis, de quoi a-t-on le plus besoin aujourd’hui ? Probablement d’entendre ces colonisés acteurs de leur propre décolonisation et donc de leur propre histoire.

Décolonisations, du sang et des larmes, documentaires en 2 parties de Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza, France 2. 

Décolonisations, documentaire en 3 parties de Karim Miské, Marc Ball et Pierre Singaravélou, Arte. 

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