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Marc Ferro dans le bureau de sa maison de Saint-Germain-en-Laye le 22 septembre 2005. Photo : François Guillot.

Marc Ferro, un monument

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Marc Ferro, résistant et historien du XXe siècle, s'en est allé.

Marc Ferro dans le bureau de sa maison de Saint-Germain-en-Laye le 22 septembre 2005. Photo : François Guillot.
Marc Ferro dans le bureau de sa maison de Saint-Germain-en-Laye le 22 septembre 2005. Photo : François Guillot. Crédits : AFP

Une jeunesse à l'épreuve de l'histoire

Il y a quelques années, au cours d’un entretien, Marc Ferro, m’avait confié qu’adolescent, il s’amusait à contrarier les anciens combattants dans les bus qu’il prenait pour aller au cinéma en leur refusant la priorité pour s’assoir. Une anecdote en passant qui m’avait frappée. Alors que Ferro incarnait le vétéran de l’histoire, il m’apparaissait tout à coup, gamin moqueur, parfois cruel, contre la tyrannie des aînés qui insistaient trop souvent à son goût pour rappeler un temps que l’on voulait oublier. 

Alors qu’il me disait ça, Marc Ferro était déjà un monument et un monument a priori n’emmerde pas les anciens combattants. Parce que l’histoire du XXe siècle et de ses guerres ont nourri sa curiosité et son énergie de chercheur tout au long de sa vie. Titiller la susceptibilité des anciens combattants, c’était avant la deuxième guerre mondiale qui lui enlève sa mère, disparue en déportation, et le rend lui-même combattant à vingt ans au sein de la Résistance dans le maquis du Vercors. Après sa guerre, Marc Ferro veut être professeur d’histoire ou journaliste, il veut raconter le passé et c’est ce qu’il fait pendant plus de soixante ans dans ses nombreux ouvrages mais aussi à la télévision où il anime Histoires parallèles, sur La Sept puis sur Arte, une émission d’histoire qui fera date, où les archives européennes étaient commentées et mises en débat par ses invités, historiennes et historiens. Une histoire grand public mais avec l’exigence acharnée d’en dire aussi les nuances et les enjeux pour le présent.  

Le goût du risque

Ancien élève de Fernand Braudel et de Pierre Renouvin, Marc Ferro travaille aussi bien sur la révolution russe, le régime de Vichy, qui l’a intimement meurtri, que sur les décolonisations après avoir enseigner en Algérie pendant neuf ans, juste avant la guerre d’indépendance. Grand introducteur du cinéma comme objet d’histoire, il s’est aussi souvent penché sur les parcours d’hommes de pouvoir ou d’État pour tenter de de toucher du doigt les ressorts de leurs prises de décision et de leurs actions. Marc Ferro n’aimait pas la facilité, il a ferraillé avec rage pour accéder aux archives soviétiques avant la chute du Mur de Berlin et s’est frotté aux échanges exigeants du comité de rédaction de la revue des Annales, le confort n’était pas sa patrie.  

« Dès qu’il y avait un risque et un danger, ça m’attirait, et j’imaginais ceux qui allaient contester mon travail pour lire mes propres textes en me disant "tiens là on va t’attaquer il vaut mieux surveiller ce passage"... donc j’ai toujours vécu quand j’ai écrit, pas quand j’ai parlé, encerclé. » 

De gauche, Marc Ferro n’a pourtant jamais été encarté, se disant « proche des communistes mais jamais avec eux », il reste méfiant à l’égard des partis politiques sans pour autant négliger le monde dans lequel il vit. Dans un de ses derniers ouvrages, Aveuglement, il cherchait à nommer les mouvements qui nous animent, les moteurs qui mettent en œuvre l’histoire, en proposant de rendre opérante cette cécité qui expliquerait les interprétations fautives du présent et qui ferait sens pour comprendre les épisodes les plus tragiques de l’histoire. Il entendait l’aveuglement à double titre : face à l’imminence de l’évènement mais aussi dans ses relectures a posteriori, en parcourant le XXe siècle, de la Première guerre mondiale à la crise de 1929, de l’irruption du nazisme et du fascisme à l’extermination des Juifs d’Europe, en passant par la révolte étudiante de Mai 68, la révolution islamique iranienne ou encore l’attaque du World Trade Center en 2001. 

Marc Ferro est mort, il nous reste son œuvre, un monument de récits et de pédagogie. 

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