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Un incident lors de l'épidémie de variole à Montréal. Dessiné par Robert Harris, 1 janvier 1900

1885, l'émeute anti-vaccin de Montréal

5 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui dans le Journal de l’histoire il est question de microbes et de guerre civile.

Un incident lors de l'épidémie de variole à Montréal. Dessiné par Robert Harris, 1 janvier 1900
Un incident lors de l'épidémie de variole à Montréal. Dessiné par Robert Harris, 1 janvier 1900 Crédits : CORBIS - Getty

L’hiver arrive et avec lui ses cohortes d’épidémies, d’yeux qui piquent et de nez qui coule, accompagnés du retour des débats sur les bénéfices de la vaccination. Sur sa chaîne Youtube, L’Histoire nous le dira, l’historien Laurent Turcot se montre passablement agacé par les alternatives hasardeuses.

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Pour illustrer les ravages des campagnes de méfiance, Laurent Turcot mobilise l’histoire et nous ramène au XIXe siècle à Montréal. La variole, infection particulièrement répugnante et meurtrière, est enfin éradiquée grâce au vaccin inventé à la fin du XVIIIe siècle, et la maladie paraît si lointaine qu’on ne s’en méfie plus. 

L'utilité du vaccin contestée, la variole réapparaît à Montréal

En 1885 déjà, la question du vaccin déchaîne les passions et fait exploser les tensions sociales qui couvaient jusque-là. Dès les années 1860, on remet en cause son utilité et l’on se focalise sur les effets secondaires disgracieux de la piqûre, de son inoculation. On répugne à souiller les enfants avec ces bactéries et les communautés religieuses qui craignent pour leur place au sein du système de soins et, par extension, pour leur rôle dans l’éducation des petits Canadiens, se font tirer l’oreille. Certains médecins évoquent même une mode de la vaccination déjà obsolète, les remèdes douteux pullulent à grand renfort de publicité dans la presse. Mais toutes les grandes villes d’Amérique du Nord n’ont pas eu le succès de Montréal dans leur lutte contre la variole. Par un "patient 0", conducteur de train venu de Chicago où une épidémie fait rage, la maladie réapparaît. L’épidémie se propage d’abord dans l’hôpital qui l’a soigné. Le ministère de la Santé renvoie chez eux les patients qui ne semblent pas infectés, grave erreur, puisqu’elle se répand alors librement dans toute la ville. La majorité des malades étant francophones, les Canadiens anglophones se désintéressent de la question et accusent leur mode de vie arriéré et leur hygiène douteuse. Les rumeurs vont bon train. A l’épidémie s’ajoute l’exaspération du conflit entre communautés linguistiques, orchestrée par une presse très en verve. 

Un climat de guerre civile

Du côté de l’Eglise, on voit la résurgence de la variole comme une punition après les débordements festifs du Carnaval, on s’infecte d’ailleurs copieusement dans les églises où les malades au lieu d’être isolés sont exposés et leurs bubons célébrés comme les marques de la présence divine. La nouvelle circule en dehors du Canada et la ville de Montréal est bientôt frappée d’un blocus informel, les produits qu’elle exporte pouvant transmettre l’infection. Les autorités publiques mobilisent la police pour isoler les malades et vacciner ceux qui ne le sont pas encore. L’évêque Fabre se fait vacciner en public deux fois pour montrer l’exemple. Entre temps, la variole a fait près de 6 000 victimes dont une majorité de francophones et d’enfants de moins de dix ans. L’épidémie de Montréal en 1885 est la dernière apparition de la variole non maîtrisée en ville. Ce n’est qu'un siècle plus tard, en 1979, que l’Organisation mondiale de la Santé annoncera l’éradication définitive de la maladie. 

par Anaïs Kien

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