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Saint-Raphaël, 1938. Photo : Keystone-France/Gamma-Rapho.

Le parasol et les frontières invisibles de l’été

4 min
À retrouver dans l'émission

Corps dénudés, soleil brulant, le parasol est de retour sur nos plages. Bon été à tous !

Saint-Raphaël, 1938. Photo : Keystone-France/Gamma-Rapho.
Saint-Raphaël, 1938. Photo : Keystone-France/Gamma-Rapho. Crédits : Getty

L’été est là et avec lui ses accessoires. L’historienne Elsa Devienne nous raconte dans le magazine Faire l’histoire comment le parasol imprime sa marque sur nos tribulations estivales, le parasol qui protège du soleil, ne protège pas des frontières invisibles de nos sociétés. La ruée vers le sable en plein cagnard, c’est très récent. Jusqu’aux années 1920, on se méfie de cette mer qui inquiète voir qui tue, d’ailleurs on sait rarement nager, il n’y a pas de séance à la piscine municipale dans l’emploi du temps des écolières et des écoliers. La plage est un lieu de santé où l’on va prendre l’air de préférence en hiver, avec un bon coup de vent et d’embruns tout semble aller bien. Le parasol s’épanouit sur les plages dans l’entre-deux guerres alors que s’invente une nouvelle relation au corps et au soleil en exposant toujours plus de centimètres carrés de peau à ses rayons.  

On peut dater les archives photographiques des plages estivales en fonction de la densité des parasols qui s’y serrent les uns contre les autres avec leurs invariables rayures. Le parasol sature les images dans années 1920 et 1930 mais dix ans plus tard, il se fait rare. Une révolution a tout changer, désormais on cherche le bronzage à tout prix, on ne se cache plus de la morsure sous des ombrelles, des tentes ou des parasols, la peau bronzée est signe de vitalité. Dans Gidget en 1959, un des premiers films de plage, les « beach movies » américains, pas un parasol en vue ! Les sports de plage, les torses nus et les deux pièces deviennent la norme idéale. Le bronzage c’est la modernité : on travaille bien sûr mais on sait goûter et profiter pleinement de ses moments de loisirs, debout, dehors, muscles bandés, le corps doit être énergique et de préférence en mouvement. Les beach boys et les beach girls tiennent les premières places de la séduction en vogue, tout sourire, et s’adonnant au surf, au volley et au trampoline, l’image d’un bonheur presque parfait. 

Mais dans les années 1970, le parasol revient progressivement. Il accompagne les progrès de la recherche médicale, qui a réussi petit à petit à se faire entendre. Les bienfaits du soleil sur la santé sont incontestables mais avec sobriété. « Le soleil brille, l’imprudence brûle », c’est le slogan de la première campagne française contre le cancer de la peau » qui montre deux enfants sagement tassés sous un parasol à leur mesure jouant dans le sable. Les bains de mer sont profitables, se faire sécher sans protection, ne l’est pas du tout. Le XXe siècle est le siècle de la plage mais aussi de la sociologie et les sociologues repèrent très vite que c’est un lieu d’observation éminemment bavard où peuvent se lire les comportements de cohabitation entre les populations vacancières, leurs manières d’être, de faire, de dire et de se présenter au monde. L’espace public de la plage fait société et le parasol participe à définir les contours des zones autorisées aux uns et silencieusement mais fermement interdit aux autres. Il devient le signe de la privatisation, ses couleurs et ses motifs dessinent la géographie sociale du permis et de l’interdit. Une manière d’écarter certaines populations de l’espace public comme à Los Angeles, pendant la Ségrégation, où les Noirs pouvaient profiter des plages mais pas n’importe lesquelles. Pour manifester leur droit à la plage, ils inventèrent les swim protests, des manifestations nagées plutôt que marchées. Le parasol, accessoire de l’été par excellence raconte l’évolution du rapport à notre corps, à celui des autres, aux canons de beauté, à la science, aux règles de vie en société et à leur contestation.  

Avec ou sans parasol, avec ou sans maillot de bain, bel été à vous toutes et tous !  

Elsa Devienne, La ruée vers le sable. Une histoire environnementale du littoral de Los Angeles au XXe siècle, Éditions de la Sorbonne, 2020.

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