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Procès Klaus Barbie : la cabine de la régie vidéo - 04/05/1987 - Cour d'Assises du département du Rhône, au Palais de Justice de Lyon

Le procès Charlie, un procès pour l’histoire

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En ce moment se tient le procès, filmé, des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher. L'occasion de revenir sur les relation entre justice, archive de la justice, émotion collective et mémoire.

Procès Klaus Barbie : la cabine de la régie vidéo - 04/05/1987 - Cour d'Assises du département du Rhône, au Palais de Justice de Lyon
Procès Klaus Barbie : la cabine de la régie vidéo - 04/05/1987 - Cour d'Assises du département du Rhône, au Palais de Justice de Lyon Crédits : Quinones, Marcos

Le procès des attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l'Hyper Cacher s'est ouvert hier matin, à Paris. C’est le premier procès pour terrorisme jamais filmé en France.  

Qu’est ce qui donne son caractère historique à ce procès ? L’émotion bien sûr, l’ampleur de l’évènement et le nombre de victimes, ont marqué tous les esprits mais il ne s’agit pas d’une décision d’initiative médiatique qui répondrait à la nécessité d’une thérapie collective, c’est une demande de l’appareil judiciaire lui-même, une demande du PNAT, le parquet national antiterroriste.  Filmer ce procès, c’est l’inscrire au titre des évènements qui ont marqué l’histoire nationale, c’est en faire un évènement en soi. Un autre récit, une mémoire cognitive et visuelle renouvelée d’un évènement vécu dans le passé. Ces procès conservés dans leur intégralité sont peu nombreux. On en comptait treize à ce jour, et leur captation est rendue possible grâce à une loi que l’on doit largement à Robert Badinter qui expliquait à la veille du procès Klaus Barbie en 1987 pourquoi ces tournages dans les tribunaux reposaient finalement sur un constat de pertes déjà irréparables des traces du passé.

Ce sont les attentats jugés en ce moment, ceux de Charlie Hebdo, de l’Hyper Casher et de Montrouge qui font date aujourd’hui. Ils incarnent ce qu’on admet largement comme un traumatisme national et légitime cette inscription au titre de notre patrimoine historique. C’est un fait cruellement saillant, mais cela nomme-t-il avec pertinence cette séquence historique de vague d’attentats qui ont frappé la France à cette période-là ? En 2017, lorsqu’une des parties civiles du procès des complices de Mohammed Merah a demandé un dispositif d’enregistrement audiovisuel similaire, elle s’est affrontée à un refus. Il n’y avait pas de caractère historique à cet évènement-là. Pourtant n’est-ce pas à Toulouse, en mars 2012, avec sept morts dont trois enfants devant leur école que commence la série d’attentats qui NOUS a touchés ? Marceline Loridan-Ivens pointait, avec la liberté de parole qui la caractérisait si bien, cette relégation de l’attentat de Toulouse, c’était sur France Inter le 27 janvier 2015 :  

L’ampleur des attentats du 7 janvier 2015 est indubitable mais n’est-ce pas à Toulouse trois ans plus tôt que commence leur histoire ? Celle du deuil, de l’effroi et de l’indignation. C’est bien la succession de ces épisodes de violence qui installent le climat de notre histoire au cours de ces années-là. Le procès de l’attentat de Toulouse a eu lieu, celui des attentats de janvier 2015 est en cours, et en 2021 commencera celui du 13 novembre, dont celle du Bataclan. Chaque procès fait l’objet d’un traitement différencié en fonction AUSSI des stratégies choisies par la défense et l’accusation dans l’intérêt de ceux qu’elles représentent. Ne confondons pas la chronologie historique de nos émotions et la chronologie judiciaire, au risque de réécrire l’histoire en toute injustice.  

France Culture - 02/09/2020 - Filmer les procès pour l'Histoire - Florence Sturm

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