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sculpture monumentale d'Arman composée d'une accumulation de 59 voitures superposées coulées dans le béton en novembre 1982 à Jouy-en-Josas, France. (Photo : Patrick Siccoli)

Le procès du béton armé face à l'histoire

3 min
À retrouver dans l'émission

Le béton est actuellement l'un des matériaux de construction les plus utilisés dans le monde, il est à l'origine de grandes innovations architecturales. Aujourd'hui, il est au centre d'une polémique. Le béton, un matériau porteur d'idéologie ?

sculpture monumentale d'Arman composée d'une accumulation de 59 voitures superposées coulées dans le béton en novembre 1982 à Jouy-en-Josas, France. (Photo : Patrick Siccoli)
sculpture monumentale d'Arman composée d'une accumulation de 59 voitures superposées coulées dans le béton en novembre 1982 à Jouy-en-Josas, France. (Photo : Patrick Siccoli) Crédits : Getty

Le traumatisme de l'effondrement du pont de Gênes

Un matériau de construction peut-il porter le poids de l’histoire. Quelle est l’idéologie du parpaing ? C’est la controverse courtoise exposée par Ludovic Lamant dans un article paru sur le site de Médiapart. D’un côté Anselm Jappe et son dernier essai écrit en réaction à l’effondrement du pont de Gênes en 2018.

Pour le philosophe allemand cet évènement traumatique, qui a attiré l’attention sur l’état de tous les ponts de taille comparable dans les pays voisins, serait le résultat de l’invention de l’obsolescence programmée par le capitalisme. C’est-à-dire la production d’objets à date de péremption qu’il faut donc renouveler régulièrement afin d’alimenter sans cesse le marché. Le pont Morandi serait donc le symptôme de l’hybris du capitalisme et le béton armé l’incarnation de sa « logique perverse et destructrice ». De l’autre côté Rudi Ricciotti, l’architecte du Mucem à Marseille, entre autres, et célèbre pour ses oeuvres ajourées, republie un essai sur son affection pour le béton pourtant si mal aimé. Anti-luxe par excellence, le béton armé est devenu le symbole des grands ensembles, des cité construites après la Seconde guerre mondiale pour pallier la crise du logement. Le béton permet de construit vite et en grand nombre des habitations. Les barres et les tours sortent de terre et deviennent les totems des banlieues sensibles alors que les quartiers pavillonnaires prolifèrent de leur côté.

Il a fallu persuader les architectes de l’intérêt de ce nouveau matériau

Devenu une passion d’après-guerre, le béton armé a pourtant pris son temps pour trouver ses usages et ses adeptes. Philippe Dehan, Professeur à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette revient sur son histoire dans un cours en ligne et montre comment ses premiers promoteurs tel que François Hennebique ont d’abord dû se contenter de construire leur propre maison en attendant de pouvoir persuader les architectes de l’intérêt de ce nouveau matériau de construction capable de construire en grand. A la fin du XIXe siècle, si le béton armé prolifère c’est d'abord dans les sous-sols, les fondations de bâtiments qui ne sauraient tolérer sa présence dans leurs parties apparentes, mais aussi dans les constructions techniques, les ponts et les usines. Ça n’est que plus tard, à la veille de la Première guerre mondiale et dans l’entre-deux guerres que le béton devient le matériau des révolutions esthétiques et architecturales avec les réalisations de Walter Gropius et du Bauhaus et de Le Corbusier.

Le divorce est là, entre l’usage social et a minima du béton armé dans les logements populaires, et les expérimentations qui se poursuivent aujourd’hui du côté de l’architecture de prestige. Sans départager les auteurs de cette histoire esthétique et politique du béton armé, admettons que ses usages sont peut-être davantage en question que le béton lui-même.

Ludovic Lamant, Le procès fait au béton armé, Médiapart, 07/12/2020.

Rudy Ricciotti, Le béton en garde à vue, Lemieux Editeur, 2020. 

Anselm Jappe, Béton, Arme de construction massive du capitalisme,  L'Échappée, 2020. 

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