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Manifestation contre le racisme du 30 mars 2021 à New York City suite à une série de crimes haineux ciblés contre des personnes d'origine asiatique. Photo : Michael M. Santiago.

Le racisme anti-Asiatiques aux Etats-Unis. Du "péril jaune" au virus chinois

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Des crimes racistes dirigés contre des personnes d'origine asiatique se multiplient aux États-Unis. Si les discriminations à l'encontre de cette partie de la population perdurent depuis la fin du XIXe, la politique de Trump et la Covid ont attisé des haines.

Manifestation contre le racisme du 30 mars 2021 à New York City suite à une série de crimes haineux ciblés contre des personnes d'origine asiatique. Photo : Michael M. Santiago.
Manifestation contre le racisme du 30 mars 2021 à New York City suite à une série de crimes haineux ciblés contre des personnes d'origine asiatique. Photo : Michael M. Santiago. Crédits : AFP

C’est une vidéo postée par la chaîne britannique BBC : on y voit Lee Wong retirer veste et cravate pour soulever sa chemise et montrer à l’assistance une large cicatrice qui barre son torse en interpellant : « Est-ce assez patriotique pour vous ? ».  

Transcription de l’extrait: “Je vais vous montrer à quoi ressemble le patriotisme. Voici ma preuve. Je l’ai obtenue alors que j’étais au service de l’armée américaine. Est-ce suffisamment patriotique?” 

Cette cicatrice lui a été infligée alors qu’il servait l’armée américaine. Il a aujourd’hui 69 ans, il est arrivé aux États-Unis à 18 ans dans les années 1960. La colère sourde de Lee Wong ne l’empêche pas de continuer en évoquant la façon dont il a été battu dans une rue de Chicago quelques années plus tôt sans que son agresseur n’ait jamais été condamné par la justice. Il cite la promesse d’égalité des citoyens proclamée par la constitution qui a largement construit le mythe d’une Amérique du Nord interraciale et fière de l’être, une intervention contre les manifestations de racisme anti-asiatique qui se sont multipliées outre-Atlantique, faisant déjà une dizaine de mort, majoritairement des femmes. 

Adrian De Leon, professeur au Collège de Dornsife de l’Université de Californie du Sud, signe un article dans la version anglophone de The Conversation pour déplorer que ce procès en loyauté des Asiatiques Américains, largement attisé par Donald Trump, survive à la clôture du mandat de l’ancien président mais, plus encore, survive depuis la fin du XIXe siècle. Le discours xénophobe des nativistes blancs, qui se fait un slogan de la menace du « péril jaune », s’accompagne alors d’une politique d’État qui promulgue la « loi d’exclusion des Chinois » en 1882, la première loi aux États-Unis à interdire l'immigration sur la base d’une discrimination raciale. Un procès de civilisation construit autour de l’impureté prétendue des Philippins sous domination américaine, qui agitait déjà l’épouvantail des maladies tropicales. 

Le racisme anti-asiatique s’est ensuite fait ressentir avec des intensités variables en fonction des intérêts géopolitiques du pays. En 1942, immédiatement après l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés, après Pearl Harbor, Franklin Roosevelt décrète l’internement des ressortissants japonais ou des citoyens américains d’origine japonaise dont la loyauté est considérée comme suspecte. Mais en 1943, pour conforter ses relations avec la Chine, en pleine guerre du Pacifique, le Congrès abroge la loi d’exclusion des Chinois et favorise l’immigration des citoyens chinois vers les États-Unis. A partir de ce moment-là, le racisme traditionnel cohabite avec le cliché tout aussi discriminant de l’Asiatique « citoyen-modèle », modèle surtout lorsqu’on ne l’entend pas et qu’il sert éventuellement à dégrader l’image d’autres immigrés : en 1965, le président Lyndon Johnson signe la très célèbre loi Hart-Celler qui conditionne dorénavant l’immigration toujours ouverte des Asiatiques et des Africains à un système de points, fondé sur le mérite, alors qu’au même moment, il ferme les frontières aux Latino-américains. Adrian de Leone rappelle la fraternité des Asiatiques et des Africains Américains dans les luttes pour les droits civiques et contre la guerre du Vietnam, une proximité politique contre la haine qui profite toujours des crises pour reprendre des forces sans parvenir à effacer l’indignation et les cicatrices de guerre de Lee Wong. 

Lien :

  • 'Is this patriot enough?': Asian-American veteran shows battle scars, BBC, 28/03/2021. 
  • Adrian De Leon, The long history of US racism against Asian Americans, from ‘yellow peril’ to ‘model minority’ to the ‘Chinese virus’, The Conversation, 08/04/2021. 
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