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Le Maréchal Philippe Pétain salue des anciens combattants à Toulon, 1940. Photo : ullstein image bild

Les anciens combattants de Verdun contre la démocratie ?

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Un débat, entre économistes et historiens, ayant pour sujet les combattants de la Première Guerre mondiale et leur rôle dans la collaboration enflamme la toile...

Le Maréchal Philippe Pétain salue des anciens combattants à Toulon, 1940. Photo : ullstein image bild
Le Maréchal Philippe Pétain salue des anciens combattants à Toulon, 1940. Photo : ullstein image bild Crédits : Getty

L'origine du débat

C’est un débat qui a pris corps sur le site de la revue AOC : quatre économistes y publiaient en février la version ramassée des résultats d’une recherche sur ce qui a déterminé l’engagement de certains Français dans la Collaboration sous l’Occupation. En croisant les archives militaires et une liste de collaborateurs établie à la Libération, l’étude statistique de Julia Cagé, Anna Dagorret, Pauline Grosjean et Saumitra Jha affirment que les combattants de la Première Guerre mondiale ayant servi sous les ordres de Pétain à Verdun avaient significativement plus de chances de collaborer pendant la Seconde guerre mondiale, passant « de héros à traitres » à la démocratie. La réaction d’un autre collectif, cette fois-ci d’historiennes et d’historiens, paraissait deux semaines plus tard, critiquant la « fausse route » de l’analyse des économistes. Anne-Sophie Anglaret, Tal Bruttmann, Sarah Gensburger, André Loez et Antoine Prost y regrettent un appauvrissement du questionnement des comportements individuels et une certaine crédulité face aux archives, une négligence des méthodes historiques qui conduit à des résultats à l’emporte-pièce sur la responsabilité des survivants des tranchées dans la perte d’emprise des valeurs démocratiques au sein de la société française à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Cette liste des collaborateurs utilisée par les économistes occupe une place centrale dans cette critique : on ne sait pas grand-chose des méthodes mobilisées pour l’élaborer. Le colonel Paillole, membre des services secrets de la France libre jusqu’en novembre 1944, y remarquait le peu de place faite à la collaboration économique, qualifiant cette liste « faite de bric et de broc, avec une restitution douteuse dans sa forme, comme si elle avait été à plusieurs reprises retouchée, expurgée possiblement, ou allongée ». Une liste visiblement peu fiable et incomplète, donc, et qui laisse peu de place à l’enthousiasme des économistes qui ont pourtant bâti leur démonstration sur les informations qu’elle leur donnait.  

Une liste de collaborateurs "faite de bric et de broc" ?

Les économistes ont répondu aux historiens qui ont à leur tour rédigé une deuxième réponse en précisant leurs critiques, une controverse est née en quatre épisodes à ce jour par presse interposée, moins pour sauver l’honneur des soldats que la rigueur de la discipline historique. Les catégories de « héros » et de « vilains » mobilisées pour distinguer les comportements des anciens combattant de la première des guerres mondiales sont elles aussi malmenées par les historiens : définir la Collaboration remplit des bibliothèques, faire le tri entre les comportements de survie et l’adhésion idéologique au pétainisme ou au nazisme reste central dans le travail de compréhension historique des comportements sous l’Occupation allemande, des nuances cruciales pour définir une trajectoire politique individuelle ou collective.  

Quelle influence ont les guerres sur la vie politique d’après, plus exactement comment les anciens combattants agissent sur les sociétés d’après-guerre ? Difficile d’imaginer que l’expérience du passage des seuils d’une violence inacceptable en temps de paix disparaisse sans laisser de traces dans la vie civile. Mais la fascisation n’est pas l’issue incontournable de ces destins ayant croisé l’expérience du feu sur leur trajectoire pour le comprendre on ne peut faire l’économie de l’histoire.  

Liens :

  • Julia Cagé, Anna Dagorret, Pauline Grosjean et Saumitra Jha, "De Verdun à Vichy, de héros à traîtres – évolution politique des anciens combattants", AOC, 05/02/2021. 
  • Julia Cagé, Anna Dagorret, Pauline Grosjean et Saumitra Jha, "Vive l’éco-histoire ! La statistique n’est pas une discipline facultative", AOC, 16/03/2021. 
  • Anne-Sophie Anglaret, Tal Bruttmann, Sarah Gensburger, André Loez et Antoine Prost, De Verdun à Vichy et retour : quand des économistes font fausse route, AOC, 25/02/2021. 
  • Anne-Sophie Anglaret, Tal Bruttmann, Sarah Gensburger, André Loez et Antoine Prost, Peut-on faire l’économie de l’histoire ? Verdun, Vichy, et les conditions d’un dialogue entre disciplines, Devenir historien-ne, 18/04/2021. 
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