LE DIRECT
Défilé de la Gay Pride à Paris, le 21 juin 1996, France. Photo : Elise Hardy)

Minorités sexuelles : les archives au cœur de l’histoire qui s’écrit

3 min
À retrouver dans l'émission

Exclue des archives par les institutions traditionnelles, la communauté LGBTQI se bat pour la création d’archives publiques de l’homosexualité en France. Une mémoire sans trace nous condamne à négliger, à oublier tout un pan de notre histoire.

Défilé de la Gay Pride à Paris, le 21 juin 1996, France. Photo : Elise Hardy)
Défilé de la Gay Pride à Paris, le 21 juin 1996, France. Photo : Elise Hardy) Crédits : Getty

« Comment Paris peut soutenir la préservation de l’histoire et de la culture LGBTQI »,c’est une lettre ouverte du Collectif Archives LGBTQI pour « lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexuels »qui est publiée dans le quotidien Libération à la manière d’un guide. Défendre la création d’archives publiques de l’homosexualité en France, c’est l’objectif de ce texte qui demande l’institutionnalisation de la conservation et de la mise en valeur de ces documents. Parce que jusqu’à présent les siècles d’archives LGBTQI sont collectés et conservés à l’initiative d’associations ou de particuliers, collectionneurs ou militants. Les archives du lesbianisme ont vu le jour dans l’appartement de l’historienne Claudie Lesselier tandis que le Centre de ressources sur le Genre de Lyon a été inventé pour recevoir la gigantesque donation de Michel Chomarat.

Si on a vu resurgir récemment l’histoire et le témoignage des LGBTQI dans l’espace public, c’est essentiellement grâce au cinéma. Sébastien Lifschitz consacre son œuvre à ces « invisibles » dont les vies sont conditionnées par la différence tandis que le film de Robin Campillo 120 battements par minute a fait évènement en restituant par la fiction l’épreuve fondatrice de l’épidémie de sida. Une mémoire sur pellicule soutenue par une littérature abondante, les arts sont là, mais les centres d’archives qui permettraient d’écrire, de lire et de relire ces témoignages du passé n’y sont pas. Une absence qui interdit l’élaboration de récits en constante construction, comme doit se faire l’histoire. Une marginalité persistante qui interdit la reconnaissance de ces vies comme partie intégrante de l’histoire nationale.

Considérée comme une déviance et un trouble sociale, l’homosexualité a été dépénalisée en 1982 mais elle est restée ce « douloureux problème », évoqué dans le scandale par Ménie Grégoire en 1971. Désormais légale, elle était priée de se tenir à l’écart dans le silence ou les ghettos festifs des grandes villes devenus des attractions touristiques. Des lieux de mémoire et quelques évènements comme les débats autour de la loi sur le mariage pour tous ont fait apparaître cette part de la société qui vit aussi en dehors des coups de projecteurs médiatiques, et qui participe de notre vie commune en société.

A l’heure des débats sur les séparatismes, l’intégration de l’histoire des minorités sexuelles semble criante de pertinence. Si la création d’archives est attendue par la communauté LGBTQI, cette innovation est nécessaire pour élargir la conscience d’une société française qui se connait et se reconnait.

Liens :

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......