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Sean Connery, qui incarne James Bond, et Eunice Gayson dans une scène de 'Dr. No,' film dirigé par Terence Young, 1962. Studios MGM.

Les espions qu'on aimait: la disparition des aventuriers du renseignement et la persistance du crime légal

3 min
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Les espions, les espions romanesques, ceux de l'ancien monde, celui de la Guerre froide, ne sont plus. Ils nous ont inspiré un imaginaire tout à la fois rocambolesque et dramatique, fait d'exploits périlleux et de destins déchirés. Requiem pour un espion.

Sean Connery, qui incarne James Bond, et Eunice Gayson dans une scène de 'Dr. No,' film dirigé par Terence Young, 1962. Studios MGM.
Sean Connery, qui incarne James Bond, et Eunice Gayson dans une scène de 'Dr. No,' film dirigé par Terence Young, 1962. Studios MGM. Crédits : Getty

Les espions, les vrais, les tatoués, ceux qui s’exposaient à être découvert, qui changeaient leur apparence pour leurrer l’ennemi et lui soutirer des informations mine de rien, seraient en voie de disparition. C’est en tout cas la thèse de María Sahuquillo dans El País relayée par Courrier international. Un des derniers représentants de ces agents de renseignements façon guerre froide est mort en décembre : George Blake en était un des derniers représentants connus. Et c’est le Kremlin qui a rendu hommage à son patriotisme en tant qu’agent double britannique au service secret, bien sûr, du KGB.  

Mais au-delà de cette génération qui disparaît n’est-ce pas la nature du métier d’espion qui changerait ?  Parée des artifices héroïques de la fiction, l’aventure disparaît avec la technologisation du renseignement et le récit des activités de renseignement s’en trouve bouleversé. Les hommages à cette cohorte de dissimulateurs professionnels se multiplient en une chorale funèbre pour enterrer le roman de l’espionnage façonné au XXe siècle, notamment grâce à John Le Carré lui aussi disparu en 2020. Les missions sous couverture, les tricoteuses de la Première guerre mondiale qui guettaient les trains entre la France et la Belgique, les faux journalistes et les femmes fatales manipulatrices ont nourri un imaginaire qui se modernise. Ce n’est pas l’espionnage qui disparaît mais ses personnages les plus pittoresques, leurs décors et la romantisation de leurs exploits qui régalait des lecteurs et des éditeurs de romans et de films qui s’en inspiraient.  

A contre-courant de ces récits palpitants et spectaculaires, en 1966 George Langelaan, agent secret britannique pendant la Seconde Guerre mondiale racontait sa carrière dans une conférence de l'Université des Annales.  Si ses compétences relèvent du roman d’aventure, il savait tuer avec un journal ou une boîte d’allumettes, il savait aussi faire dérailler un train avec un pardessus roulé en boule, il y raconte aussi la peur, la manipulation, les moments comiques et la mélancolie de l’espion. Les exploits des services de renseignement sont d’ailleurs longtemps restés infréquentables. Israël, le Royaume Uni et les États Unis ont fondé une partie de leur récit national héroïque sur la fierté de leurs services de renseignements alors qu’ailleurs, en France notamment, on taisait pudiquement cette manière jugée déloyale de livrer bataille.  C’était avant Le Bureau des légendes qui rattrapait ce défaut de prestige de l’espionnage français. Parce que l’espionnage, s’il change de visage, reste un sale boulot. S’il s’est modernisé, s’il est aujourd’hui peut-être d’avantage assis face aux écrans, il fait toujours, pour citer Georges Langelaan, « le mal pour le bien », il reste un des avatars du crime légal. Et ça ça ne changera pas.  

Lien :

María Sahuquillo, Renseignement. George Blake ou la mort d’une certaine idée de l’espionnage, El País dans  Le Courrier international, 10/01/2021. 

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