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En 1927, un colloque scientifique international est convoqué pour expertiser les découvertes du site de Glozel.

Les faussaires de la préhistoire

4 min
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Dans les années 1920, une famille de cultivateurs de l’Allier trouve une construction en brique, des objets préhistoriques fascinants et des inscriptions qui remettent en cause l'origine de l'écriture. Découverte scientifique ? Non, une simple supercherie organisée par des faussaires.

En 1927, un colloque scientifique international est convoqué pour expertiser les découvertes du site de Glozel.
En 1927, un colloque scientifique international est convoqué pour expertiser les découvertes du site de Glozel. Crédits : Keystone-France/Gamma-Keystone - Getty

Comment expliquer qu’il y ait tant de faux en archéologie ? On cherche dans un passé extrêmement lointain, le miroir de ce que nous sommes, la preuve d’un génie déjà chevillé au corps d’une humanité prête à gagner le concours d’intelligence et d’adresse parmi les espèces, quitte à transformer ce passé au service du présent. Peut-être. 

L’affaire de Glozel

Bien avant la découverte de Lucy en Ethiopie, c’est dans la région du Bourbonnais qu’on invente une humanité en toc qui va déplacer des foules, faire couler de l’encre et du papier sans modération, un déchaînement de passions autour d’une invention dont les faussaires n’ont jamais été identifiés. En 1924 à Glozel, un lieu-dit de la commune de Ferrières-sur-Sichon dans l'Allier, Emile et son grand-père Fradin trouve un petit édifice de brique en défrichant un de leurs champs. 

Un trésor d’os, d’outils de pierre et de fragments de céramique, des restes humains et des inscriptions dans un alphabet énigmatique. Les voisins viennent admirer la découverte, certains se servent au passage pour rapporter un souvenir chez eux. C’est l’institutrice du village qui avertit les sociétés savantes de l’évènement. Des archéologues amateurs entreprennent des fouilles et donnent leur verdict : il n’y a rien de grand intérêt ici, mieux vaut recouvrir le site pour continuer à cultiver tranquillement et sans se soucier de sacrifier un pan de l’histoire de l’humanité. Un colloque international décrète que Glozel n’est qu’une supercherie et Emile, héritier de ce qu’on appelle désormais le "champ des morts" ferraille devant les tribunaux contre ses détracteurs. 

L’affaire de Glozel aurait pu s’arrêter là, avec le bouleversement de la Deuxième guerre mondiale, si dans les années 1980 certains amateurs d’une droite extrême ne s’étaient pas pris d’un engouement renouvelé pour ses mystères. On nous cacherait quelque chose à Glozel. Mais quoi ? C’est en Europe et non en Orient que l’écriture aurait été inventée. Une hypothèse tout à fait satisfaisante pour ceux qui aimeraient que l’Europe blanche soit à l’origine de tout sur notre planète mais parfaitement improbable à ce jour où l’on atteste cette invention en Mésopotamie vers 3400 avant notre ère, en Orient dans la région irakienne donc. 

Le ministère de la Culture de Jack Lang dépêche malgré tout une mission d’archéologues qui réexaminent le site avec quelques mésaventures : de faux tessons anciens qui gardent encore quelques résidus de colle très vingtième siècle sont déposés dans la nuit, preuve que des faussaires anonymes tentent désespérément de les convaincre que la civilisation s’est inventée au moins en partie ici.  

Une civilisation fabriquée de toutes pièces, c’est acquis, mais un siècle de débats et de controverses enfiévrées, de publications contradictoires, une guerre entre les "glozéliens" et "anti-glozéliens" aujourd’hui éteinte sans avoir complètement disparu. Les auteurs de la mystification n’ont jamais été identifiés et le temps passé les a faits disparaître à jamais. La légende de Glozel reste disponible pour tous les adeptes de mystères et de complots mais l’affaire recèle un autre trésor : c’est une histoire qui a cristallisé l’appétit du passé, qui a vu s’écharper professionnels et amateurs de l’archéologie. 

L’affaire de Glozel, c’est une occasion en or d’observer la sociologie du goût démesuré du passé qui sera explorée par Jean-Paul Demoule membre de l’équipe d’experts dépêchés sur le site au début des années 1980, accompagné de Yann Potin et de François Bon pour une discussion proposée vendredi prochain par le festival L’Histoire à Venir sur sa chaîne Youtube : "L’affaire Glozel, un siècle après", c’est l’occasion de commencer à comprendre pourquoi la préhistoire a tant de succès auprès des faussaires.

Liens :

"L’« affaire de Glozel », ou comment un champ de ruines a divisé la France" par Stéphane François, Rétronews, 08/11/2019.

"Vrais et faux mystères à Glozel" par Stéphane Foucart, Le Monde, 26/12/2007.

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