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La mort de Socrate - Jacques Louis David

Les poisons, une histoire sans fin

3 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui dans le Journal de l’Histoire, après l’affaire de l’opposant russe Alexei Navalny et son empoisonnement présumé, les poisons, une histoire sans fin.

La mort de Socrate - Jacques Louis David
La mort de Socrate - Jacques Louis David Crédits : Catharine Lorillard Wolfe Collection, Wolfe Fund, 1931

L’empoisonnement utilisé comme arme politique, nous semblait une pratique bien lointaine, une mauvaise habitude d’espions munis de parapluies bulgares ou de cigares cubains engloutis dans le fracas de la fin de la Guerre froide. On continuait à y songer en convoquant le souvenir de Lucrèce Borgia et son goût prononcé pour les potions vénéneuses érigé en hygiène de vie pour contrôler le casting de son entourage ou bien encore à Marie Besnard, restée dans les chroniques judiciaires « l’empoisonneuse de Loudun » malgré son acquittement. Ces histoires étaient bien féminines et s’y ajoutait notre imaginaire de l’Inquisition avec toutes les accusations formulées contre les soi-disant sorcières pour les mener au bûcher avec la vague impression que justice était faite.   

Et puis en 2004, les doutes qui entourent la mort de Yasser Arafat sont bientôt suivis des images du visage dévoré de l’ancien président ukrainien Viktor Ioutchenko. Ce qui apparaissait comme la queue de comète persistante d’une habitude indigne pour se débarrasser en toute déloyauté de son ennemi politique était juste là, avec nous, et son cortège de rumeurs avec elle. Des territoires où sévissaient les empoisonneurs sont apparus, et le Royaume Uni a succédé dans notre géographie de la toxicité maline à l’Italie des Borgia, au point qu’on avait fini par se méfier des poignées de porte une fois descendu de l’Eurostar. L’empoisonnement, c’est le signe d’une ruse qui attend tapie dans l’ombre un moment de fragilité ou d’inattention pour accomplir son œuvre au lieu de choisir l’affrontement en pleine lumière. Une vilaine pratique qui cassait l’ambiance à l’air de la démocratie triomphante.

Il a fallu affronter le réel, les empoisonnements étaient toujours de notre temps. D’ailleurs selon Franck Collard historien médiéviste auteur de « Crime de poison au Moyen Age », la pratique n’avait même jamais cessé. Loin de constituer l’arme de prédilection des femmes, les princes, les papes et les empereurs s’y était donné à cœur joie dans l’art d’épicer les plats, de dispenser de mortels baisers ou encore d’enduire objets et vêtements d’onguents malins à toutes fins utiles. La littérature médiévale est d‘ailleurs riche de traités sur les poisons, pour le combattre mais rien n’empêchait d’y trouver l’inspiration.  

Pourquoi cela nous dérange tant ? Après tout, nos sociétés inventent sans arrêt des moyens très raffinés de tuer. C’est d’ailleurs pour faire la nique à cette démocratie dont il se défiait que Socrate choisi d’en finir par la ciguë sans se contenter d’un simple bannissement.

Si l’abandon du poison était un marqueur de civilisation, on serait finalement très mal noté. 

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