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Jacques Chirac, maire de Paris, en compagnie de l'artiste Philippe Petit le 26/08/1989 à l'occasion du bicentenaire de la Révolution. Photo : Gilles Leimdorfer.

Les usages politiques de l'histoire en temps de campagne présidentielle

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Peu d'hommes politique échappent à l'invocation de l'histoire. Mais se tourner vers le passé n'évite-t-il pas de se confronter aux problématiques du présent ? N'y a t-il pas plus urgent ?

Jacques Chirac, maire de Paris, en compagnie de l'artiste Philippe Petit le 26/08/1989 à l'occasion du bicentenaire de la Révolution. Photo : Gilles Leimdorfer.
Jacques Chirac, maire de Paris, en compagnie de l'artiste Philippe Petit le 26/08/1989 à l'occasion du bicentenaire de la Révolution. Photo : Gilles Leimdorfer. Crédits : AFP

La campagne pour l’élection présidentielle de l’année prochaine se met en place progressivement et avec elle un de ses passages obligés : l’interrogation des candidats avérés ou potentiels sur leur univers historique, sur les évènements ou les personnages du passé qui les inspirent encore dans leur regard sur la politique au présent. Les imaginaires historiques des candidats se déploient et se déplient, avec une première joute par presse interposée entre Xavier Bertrand et Emmanuel Macron sur la pertinence de « déconstruire l’histoire », avec les candidats qui se piquent d’écrire, de biographer leurs idoles du passé, les récentes analyses de Jean-Luc Mélenchon sur la Commune dont on célèbre le 150e anniversaire cette année, ou encore le goût immodéré pour l’histoire de Nicolas Sarkozy découvert avec surprise au cours de la campagne de 2007, sans oublier les variations habituelles autour de notre dette vis-à-vis de l’héritage social du Conseil national de la Résistance, le gaullisme de gauche et de droite, et toujours le passage obligé par la monumentale Révolution française.   

Dans une tribune, l’historien et animateur du podcast Paroles d’histoire, André Loez, flanque un bon coup de pied à ce réflexe routinier de mobilisation de l’histoire dans les grands rendez-vous électoraux pour lequel : « il fut un temps où, comme historien de métier, on aurait sans doute pu se réjouir de cet intérêt apparent du personnel politique pour l’histoire, ou, plus cyniquement, se féliciter d’y trouver matière à un décryptage critique. Mais ce temps est révolu (…) devant les urgences écologiques, sociales et géopolitiques qui préoccupent l’ensemble des citoyens, il serait presque indécent de rejouer ad nauseam la partition usée des controverses historiques ou des hommages mémoriels. Face aux défis immenses du présent, nous n’avons besoin ni de racines ni de récits, mais de projets raisonnés », fin de citation. Si l’urgence ici décrite n’a pas grand-chose à faire des grands récits originels, André Loez montre aussi à quel point ce réflexe historique a perdu de son acuité. Souvent l’occasion de récupération et de séduction des nostalgies délaissées, les polémiques politiciennes qui mobilisent l’histoire s’assoient sans ménagement sur les difficultés à faire vivre l’histoire et la recherche historique aujourd’hui : avec un accès aux archives contraint, avec des budgets universitaires en chute libre, avec la récente politique de suspicion à l’endroit de la recherche en sciences sociales de manière générale  et le crash des moyens mis à disposition de l’enseignement en temps de confinement.   

Mais surtout si le recul historique sur les mouvements du monde est toujours bien venu ce n’est pas cette histoire-là, vivante et ambitieuse, qui est invoquée par les candidats à la présidence, l’histoire n’est bien souvent invitée dans les discours pour se contenter de nourrir un questionnaire identitaire douteux : « l’histoire, honte ou fierté ? Roman national ou regard critique ? La Commune ou le Roi-Soleil ? « Racines chrétiennes » ou identités métissées ? De qui descendons-nous ? ». Des interrogations d’arrière-garde à l’heure où l’on attend toujours de voir le monde de demain franchir des portes pourtant grandes ouvertes.  

André Loez, Présidentielle 2022 : « Avec un électorat vieillissant, miser sur le passé et flatter les nostalgies peut relever du calcul électoral », Le Monde, 18/05/2020. 

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