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Image issue du documentaire "Les Visages de la Victoire"

Chérifa, Aziza, Jémiaa, Mimouna, quatre portraits, une histoire universelle

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans le film de Lyèce Boukhitine, "Les visages de la victoire", Chérifa, Aziza, Jémiaa et Mimouna, nées en Algérie ou au Maroc avant la décolonisation, témoignent de leur vie avant et après leur arrivée en France, entre mariage forcé, assignation au silence et émancipation gagnée de haute lutte.

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Chérifa pensait suivre son mari en France pour quelques mois : elle y vit depuis 60 ans. Aziza s’y est réfugiée pour échapper à la honte d’un divorce. Le mariage de Jémiaa lui a permis d’échapper à la violence de sa mère. Mimouna qui faisait de la moto à 12 ans, a été mariée à 14 ans et était déjà mère de deux enfants à 16. Chacun de ces témoignages, le réalisateur Lyèce Boukhitine les a recueillis pour comprendre le parcours de ces femmes algériennes ou marocaines, si longtemps assignées au silence, toutes contraintes d'épouser des hommes qu’elles n’avaient pas choisis.

Le tendre portrait d'une mère

Le premier portrait est celui de Chérifa, la mère du réalisateur, à partir duquel ce dernier part recueillir d’autres témoignages de femmes immigrées. Elles sont mariées avec ceux dont on a commencé à étudier la condition dans les années 1970, dans les balbutiements de l’histoire de l’immigration : ouvriers maghrébins des grandes usines nationales, Renault, Citroën, ou qui ont prêté leur force de travail aux grands chantiers de modernisation. Boukhitine revient sur l’histoire de ses parents, avec une tendresse très émouvante pour sa mère, qui a élevé 14 enfants en cachant son illettrisme par une présence assidue aux conseils de classe et une attention acharnée aux études de ses enfants. Une fois son mari disparu, elle apprend à lire, acquiert la nationalité française, projette même de passer son permis de conduire. Et vote, parce que cet acte la fait se sentir exister. Chérifa est arrivée en France en 1957, après un mariage contraint pour échapper aux violences que la Guerre d’Algérie faisait peser sur les jeunes filles de son âge. C’est ce parcours originel qui amène son fils à rencontrer d'autres femmes de la génération de sa mère, également assignées au silence avant de forcer la porte de leur émancipation.

Un hommage à la génération précédente 

Les visages de la victoire n’est pas un film sur des victimes mais un hommage d'un enfant de la deuxième génération à la première. Les mariages forcés sont souvent malheureux, parfois tragiques comme celui d’Aziza, mais peuvent aussi se révéler surprenants comme celui de Jemiaa qui négocie à 14 ans une vie conjugale heureuse avec un mari qu’elle pleure encore. Si ces quatre femmes acceptent de témoigner, c’est qu’il est enfin temps de raconter leur vie de femmes après avoir concentré leur énergie à élever des enfants aujourd’hui partis. Partant de ce portrait collectif, le film de Lyèce Boukhitine parvient au récit de toutes les femmes de France considérées comme étrangères à la vie de la nation, qu’elles y soient nées ou non, c’est Chérifa qui nous le dit !

par Anaïs Kien 

Pour plus d'informations : Les visages de la victoire de Lyèce Boukhitine, sort en salles aujourd’hui 

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