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"Prendre la route".

Les yeux grands ouverts sur la route avec l’histoire

3 min
À retrouver dans l'émission

Lieu de rencontres, la route charrie des pratiques sociales et des récits singuliers. Saisir les spécificités de son histoire, c'est mieux comprendre les questions liées à la justice spatiale et ses usages sociaux. On the road !

"Prendre la route".
"Prendre la route". Crédits : Azem Ramadani - Getty

Alors que l’obsession nous tenaille de pouvoir nous déplacer sans entrave, Claudia Moatti dans la Revue historique, nous offre une histoire mondiale de la route, des confins de l’Antiquité aux salles d’attente des gares fraîchement inventées du XIXe siècle. 

Tout le monde prend la route, celle du désert, du pèlerinage, de la guerre, du marché du travail, de la diplomatie, des vacances, en grande pompe ou en secret, anonymement ou en signalant son passage dans un fracas ostentatoire. En roulant, en naviguant en marchant ou en trottant, à pieds nus ou chaussés, les humains n’ont pas attendu la motorisation et les révolutions industrielles pour se mouvoir. 

Contraint ou volontaires, avec joie ou la mort dans l’âme, en rechignant ou en sautillant, au fil du temps les manières de prendre la route ont repoussé l’horizon, de son village à sa région, jusqu’aux frontières nationales, puis européennes et mondiales. Les plus favorisés y côtoient les plus démunis, les sans-patries, les exilés et les déracinés, les enchaînés, les représentants du pouvoir à côté de l’ordinaire du déplacement routinier. De ce côté-là l’histoire évolue peu, mais les distances parcourues ont changé et c’est un espace-temps qui se vit différemment : la route est plus ou moins longue selon les moyens que l’on a d’en adoucir la pente et l’épreuve. Le chemin le plus court, le chemin buissonnier, le chemin le plus long à l’abri des regards, des taxes et des autorités, l’itinéraire choisi est conditionné par ce que nous sommes. 

Dans la Chine ancienne, seul l’empereur pouvait emprunter la route impériale, une privatisation en gloire. Dans ce cas-là toutes les routes ne mènent pas à la rencontre de ceux que l’on ne côtoie habituellement jamais. Course contre le temps ou voyage d’agrément, sur les petites routes ou les grands chemins, la distinction entre les voyageurs se perçoit par leur manière d’habiter cette route. L’apparence a toute son importance loin de ses relations familières, le voyageur émet les signes de son appartenance sociale pour faire valoir les droits de son rang s’il en a. Un apparat clinquant peut parfois remplacer le passeport ou le sauf-conduit  manquant. En avoir ou pas, conditionne la qualité de l’hospitalité qui vous sera réserver. Porter des signes de distinctions immédiatement repérables est un enjeu de taille pour rendre un voyage agréable ou exécrable. 

La route c'est toujours l'aventure

La représentation de la route évolue aussi en fonction de l’expérience du présent pour en changer les usages. Claudia Moatti cite l’étude de Jean Arrouy sur la photographie américaine : si au XIXe siècle la route incarne l’avancée des pionniers qui tracent leur sillon sur la terre dont ils prennent possession, après la crise de 1929 c’est le désespoir de ceux qui ont tout perdu que l’on représente sur les routes de l’exode, tandis que dans les années 1950 la Beat Generation fait de la route une quête fiévreuse de l’identité américaine. 

Lieux des possibles où l’on rencontre l’inconnu pour le pire ou pour le meilleur, la route c’est toujours l’aventure, petite ou grande. Une transition qui inspire la littérature, en Grèce ancienne, dans les romans de chevalerie ou sur le parcours de don Quichotte. Sur cette route, "se lit toute la diversité du monde, où s’exprime aussi la violence des rapports sociaux tout comme les aspirations d’une époque".

Liens :

Claudia Moatti. « Prendre la route. Mobilité et différenciation sociale », Revue historique, vol.  697, no. 1, 2021, pp. 139-157.

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