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Dactylo portant un masque, New York, 16/10/1918, lors de la pandémie de grippe «grippe espagnole».

L’histoire est-elle guérie de cette épidémie qui nous gouverne ?

4 min
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Avec la Covid 19 l'humanité n'en est pas à sa première rencontre avec l'épidémie. Mais aujourd'hui, l'Histoire parvient-elle à nous éclairer sur notre actualité inédite ?

Dactylo portant un masque, New York, 16/10/1918, lors de la pandémie de grippe «grippe espagnole».
Dactylo portant un masque, New York, 16/10/1918, lors de la pandémie de grippe «grippe espagnole». Crédits : National Archives at College Park, MD.

Face à l’épidémie qui nous tient toujours masqués, les historiennes et les historiens ont été, dans un premier temps, un peu désarmés, voire franchement sidérés comme une grande partie de l’humanité, n’y voyez aucun reproche. De grandes traversées de l’humanité dans son histoire des épidémies se sont succédé dans la presse et sur les sites d’information. Mais une fois rappelées la mythique Peste Noire, la grippe espagnole bien connue, et la grippe de Hong Kong, moins courue, il ne restait plus grand-chose si ce n’est le bruit, un temps persistant, des grincements de dents face à la multiplication des comparaisons avec les images de l’Occupation allemande comme seule référence maladroitement convoquée face aux queues qui se formaient devant les magasins d’alimentation pourtant pléthoriques.   

Les esprits archivistiques se ont alors déchaînés, en multipliant les collectes des traces de ce que nous vivions et parmi bien d’autres on a vu naître celle des archives web du confinement par la BNF et d’autres initiatives spontanées comme celle de Sarah Gensburger : « Vitrines en confinement ». On a soudain profité de nos sorties autorisées pour traquer l’inventivité des commerçants et les messages écrits sur les vitrines ouvertes ou fermées dans nos parcours familiers soudain marqués par l’étrangeté de la situation. Pour autant la discipline semblait bien embêtée devant l’inédit. L’apathie comme partout était au rendez-vous et l’histoire se vivait plus qu’elle ne s’écrivait savamment, elle se cherchait un peu, coincée entre quatre murs.  

La dernière livraison du magazine l’Histoire nous propose un numéro intitulé : « Comment une pandémie change le monde ». C’est d’abord un retour sur l’expérience de la contrainte pour le métier qui est à l’œuvre en regardant comment ceux qui ont fait œuvre d’historien ou d’historienne ont inventé des méthodes dans des contextes de contrainte extrême par le passé pour continuer à y contribuer. Tandis que l’historien Patrick Boucheron conclut ce dossier avec la question tendue qui s’est posé pendant le temps suspendu du confinement : Peut-on encore être historien ? En opérant un retour sur l’impossibilité de trouver des précédents, il décrit comment sa science des commencements l’a lamentablement lâché mi-mars 2020 parce que « aujourd’hui était la première fois ». Mais l’histoire est au travail. Elle ne s’est pas arrêtée loin de là. 

Dans son article « La fin de la poignée de main », Clément Fabre nous explique comment depuis le XIXe siècle cette pratique est devenue suspecte. Cette main qui se balade sans contrôle entre notre appareil ORL et nos parties génitales devient une menace à neutraliser pour les hygiénistes au cours du XIXe siècle. D’ailleurs Louis Pasteur avait ça en horreur, et trouverait tout à fait agréable à sa psyché les affiches qui font désormais partie de notre quotidien visuel, nous incitant à utiliser sans hésitation savon et gel hydroalcoolique, plusieurs fois par jour. Si l'hygiéniste a tenté de réécrire la grammaire de nos gestes tout au long du XXe siècle au gré des menaces bactériennes, cette guerre contre les échanges corporels rencontrait jusqu’à présent un échec cuisant tant la poignée de main virile incarnait la modernité, l’effacement des hiérarchies sociales et les différends géopolitiques. Égrener la liste des poignées de main historiques dépasserait le temps qui m’est imparti ici.  Il nous reste à réinventé une modernité du geste pour écrire la suite de notre histoire.

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