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Asleep - (vers 1900)

Les mésaventures du musée de la grippe de l’OMS

4 min
À retrouver dans l'émission

Suite à la pandémie mondiale de grippe espagnole, dans une volonté de centraliser les données pour mieux comprendre le virus et sa circulation, l'OMS a tenté de regrouper les souches virales en un même lieu. C'était sans compter sur quelques obstacles...

Asleep - (vers 1900)
Asleep - (vers 1900) Crédits : Carl Holsøe

Comment fait-on pour penser ce qui nous arrive ? L’histoire, la fiction, les scénarios catastrophe, et des livres, des livres, des débats, des articles, et on élabore des musées pour en conserver les traces, les mettre en collection, les exposer. Un Musée de la grippe a été  créé après la Deuxième guerre mondiale par l’OMS, c’est ce qu’on apprend dans l’essai de l’anthropologue Frédéric Keck, Les sentinelles des pandémies. Après l’épidémie de grippe espagnole apparue en 1918,  LA grande catastrophe, qui a fait de 20 à 100 millions de morts en deux ans, ce qui en fait l’épidémie la plus meurtrière connue, DONC après cette hécatombe planétaire, la nécessité de suivre l’évolution de ces virus qui franchissaient allègrement les barrières d’espèces devient pressante.  Une curieuse collection est alors rassemblée pour ce musée de la grippe, grâce aux échantillons conservés pendant l’entre-deux-guerres dans le but de comprendre la « grippe espagnole » de 1918, et ses mécanismes.

Au Royaume Uni on s’était essayé à isoler les cellules du virus en l’inoculant au furet, bien connu pour éternuer comme les humains, tandis que l’armée américaine avait mis en place une commission sur la grippe en 1941. Les efforts de compréhension de ce nouvel ennemi identifié existaient bien mais restaient dispersés.  Comme on le sait bien maintenant, les virus de grippe mutent en permanence et rendent les vaccins définitifs difficiles à trouver. C’est pour étudier les écarts entre toutes les variantes de ce virus que l’OMS lance un appel à ses membres à travers le monde pour recueillir le plus grand nombre possible d’échantillons de grippe et faciliter l’élaboration d’un vaccin. Mais dans les années 1970, le principe de cette collecte  est contrarié. En 1976, aux Etats-Unis une grippe porcine est découverte au fort militaire de Fort Dix, un virus que l’on soupçonne de provenir du déplacement mal contrôlé d’un échantillon de grippe espagnole provenant d’un laboratoire soviétique. L’affaire fait scandale et cette circulation des souches virales apparaît désormais comme un risque sanitaire en soi. 

Dans son projet de santé globale, l’OMS se casse aussi les dents sur les réalités géopolitiques. Les membres de l’OMS se faisaient un devoir d’envoyer les échantillons de souches virales mais la Chine, déjà considérée comme l’un des épicentres de ces mutations responsables des épidémies, ne faisait pas partie de l’organisation et ne participait pas à cette grande collecte, devenue suspecte. Hong Kong, colonie britannique à l’époque, est alors érigé en « sentinelle » de la Chine pour l’observation des souches de grippe à étudier dans la région et pour fournir ce musée mondial. Mais cette solution reste approximative et tous ces écueils finissent par démontrer trop clairement les limites de ce musée universel de la grippe auquel le monde entier ne participe pas. C’est alors que l’on passe non plus à la prévention, essayer d’éviter l’apparition de l’épidémie, mais à la préparation, se résigner et s’organiser pour lutter contre un évènement inéluctable. La collection du musée de la grippe, qui existe toujours, reste lacunaire mais elle a incarné, à un moment donné de notre histoire, l’ambition d’une politique de santé globale dans les premiers temps des Nations Unis qui incarnaient le rêve, largement égratigné depuis sa création en 1945, d’une concorde mondiale, y compris dans nos rapports avec les microbes. Un rêve qui a toujours cours.

Frédéric Keck , Les Sentinelles des pandémies - Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine, Zones Sensibles, 2020. 

OMS - Système mondial de surveillance de la grippe et de riposte (‎‎‎GISRS)‎‎‎

Vidéo - "La grippe espagnole", par Frédéric Keck | Université populaire du quai Branly

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