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12/12/2020. Manifestation de partisans de Donald Trump pour protester contre le résultat de l'élection présidentielle de 2020, devant le Capitole américain. Photo : Olivier Douliery.

Occupation du Capitole aux États-Unis : un après-guerre mal négocié ?

3 min
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Après la sidération, le temps de l’histoire commence peut-être pour analyser l’occupation du Capitole par les soutiens de Donald Trump la semaine dernière.

12/12/2020. Manifestation de partisans de Donald Trump pour protester contre le résultat de l'élection présidentielle de 2020, devant le Capitole américain. Photo : Olivier Douliery.
12/12/2020. Manifestation de partisans de Donald Trump pour protester contre le résultat de l'élection présidentielle de 2020, devant le Capitole américain. Photo : Olivier Douliery. Crédits : AFP

Et si l’invasion du Capitole était le signe d’un après-guerre mal négocié ? Une fois passé l’évènement, son récit s’élabore avec ses héros, comme le policier Eugene Goodman, ses victimes, comme Ashli Babbitt et son pyromane Donald Trump. Mais à y regarder de plus près on se demande pourquoi l’encouragement de ce dernier à perturber la certification de l’élection de Jo Biden à la présidence des États-Unis a si bien marché ? Selon l’historien Romain Huret, dans la revue en ligne AOC, l’histoire des guerres extérieures menées par les États-Unis au nom de la défense de la démocratie fournit quelques pistes pour l’expliquer. 

Parmi les émeutiers qui ont franchi la frontière sacralisée des portes du Congrès, les observateurs avisés ont repéré de nombreux membres de milices et de groupes paramilitaires. Ces milices recrutent largement depuis cinquante ans dans les rangs des vétérans de l’Afghanistan, de la guerre du Golfe ou encore du Vietnam, dont le personnage cinématographique du premier Rambo n’était qu’un avatar, incarnant le trauma des combats et une réintégration insupportable dans la société ordinaire. Les milices procurent alors un espace d’existence et d’action pour ces anciens combattants dont les blessures visibles et invisibles ravages les rangs une fois rentrés au pays. Ces guerres lointaines menées par les États-Unis ont engendré un désastre sanitaire et social et un imaginaire paranoïaque et complotiste qui érige l’Amérique du Nord en une nation prête à s’autodétruire. Ce sont ces milices très nombreuses mais marginalisées qui ont gagné en visibilité et en respectabilité grâce au président sortant Donald Trump qui les a reconnus, avec affection parfois, comme ses soutiens.

Prêts à passer à l’action, ils l’étaient le 6 décembre à Washington, prêts à réparer une relégation de leur regard sur la nation nord-américaine avec trois composantes originelles : « une haine de l’État, un anti-communisme viscéral et un racisme parfaitement assumé », avec une dimension identitaire renforcée ces dernières années. L’espoir était pourtant né avec l’élection du très conservateur Ronald Reagan en 1981 suivi d’une déception qui a renforcé cette alt-right, cette droite alternative, et son passage de la contestation à la désobéissance armée, face à un État considéré comme la première menace sur le destin de leur nation en péril. Romain Huret rééquilibre l’enchaînement historique du 6 janvier, je le cite : « En rendant responsable le seul Donald Trump de cette occupation sans précédent, les États-Unis en oublient néanmoins l’essentiel : l’émergence et le renforcement de la nébuleuse sont avant tout le résultat de l’état de guerre permanent depuis la guerre du Vietnam. » Un passage à l’action violente qui repose sur une « culture du flingue » qui rendait disponible des hommes, des femmes et des armes, désormais forts d’un exploit fondateur : avoir occupé le congrès états-unien pendant quelques heures pour « défendre leur vision apocalyptique de la démocratie américaine ».

Lien :

Romain Huret, La main droite du diable : guerres, milices et alt-right aux États-Unis, AOC, 11/01/2021. 

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