LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
 Spencer Whalen / EyeEm

Peut-on vraiment manipuler une élection ? Ou plutôt comment peut-on y croire ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Comme un serpent de mer, la manipulation d'élection par une puissance étrangère est un thème qui revient régulièrement sur le devant de la scène. Mais qu'en est-il vraiment ?

 Spencer Whalen / EyeEm
Spencer Whalen / EyeEm Crédits : Getty

Les élections présidentielles aux États-Unis sont toujours un processus de longue durée avec leurs primaires et leur campagne à travers les cinquante États qui les constituent. Celle de demain aura été marquée par de nombreux soubresauts à commencer par la question du vote lui-même, avec la remise en cause des suffrages exprimés par correspondance et un climat de défiance lié au discours de Donald Trump sur les vérités alternatives qu’il a empilées sans scrupules. Une de ces rumeurs, lancées dès l’été dernier, portait sur la possibilité d’un vote entaché d’anomalies qui remettrait en cause sa validité, une éventualité en faveur bien sûr de son rival Joe Biden.  

L'exemple des élections italiennes de 1948

« La seule manière de nous faire perdre ces élections serait de les truquer », le pavé était lancé dans la mare. En instillant le doute, le candidat, adepte de la théorie de tous les complots à son profit, faisait planer l’ombre d’une des grandes terreurs nationales : le dysfonctionnement de la mécanique démocratique américaine. En matière d’élections truquées, l’histoire italienne a longtemps occupé une place de choix. En 1948 se tiennent les premières élections générales depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale mais surtout les premières élections au sein d’un État devenu république après avoir rejeter la monarchie. Des élections majeures et un test national, un observatoire pour mettre à l’épreuve un pays déchiré par la guerre entre communistes et fascistes, une guerre civile à peine cicatrisée.  

« Voter pour qui vous voulez mais votez ! ». La campagne se déroule surtout sur le terrain des enjeux de politique locale. Les Communistes pourtant très confiants, perdent face aux démocrates chrétiens. Que s’est-il passé ? L’Union soviétique n’avait alors aucun intérêt à enflammer l’Europe occidentale et avait interdit toute tentation insurrectionnelle aux communistes italiens qui ont donc mené une campagne politique sans tenter de rouvrir par les armes un conflit dont les braises étaient à peine refroidies. Mais leur défaite est spectaculaire et inattendue. Ce qui importe dans cette victoire de la démocratie chrétienne, presque inespérée, c’est ce qu’on y apprend. Avec elle vient la conviction que les opérations de propagande électorale sont prometteuses pour l’avenir. Ceux qui pouvaient craindre le basculement d’une nation européenne dans le camp soviétique, les États-Unis, ont bien essayé de fragmenter le syndicalisme italien largement dominé par les communistes. La CIA, à peine née, a investi mais finalement assez peu dans cette campagne.  

Une influence américaine surestimée

Le résultat tient au contexte national et à une posture italienne d’apaisement intérieur, la priorité est à la reconstruction et à la fondation d’une république italienne qui ne saurait supporter un nouveau schisme. Mais ce qui a des conséquences immédiates c’est la conviction des services américains qu’une guerre psychologique menée au sein d’une société étrangère peut payer. Depuis, les archives ont montré que l’influence américaine sur le résultat du vote restait discutable. Mais cette conviction acquise en 1948 a marqué l’état d’esprit stratégique américain qui investit dans la suite de la guerre froide dans cette politique d’influence avec un succès très variable selon la stabilité démocratique des pays ciblés.

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......