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 Les visiteurs regardent les corps des victimes de l'éruption exposés dans les ruines de l'ancienne Pompéi le 5 août 2015.

Plaidoyer en faveur des momies

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Le roman anglais du XIXe siècle d'abord, le cinéma hollywoodien ensuite, se sont employés à faire retentir le cri des momies. Mais est-ce la vocation des archéologues ? La recherche ne dispose-t-elle pas d'autres moyens de faire parler les morts ? Un débat relancé par une expérience anglo-américaine

 Les visiteurs regardent les corps des victimes de l'éruption exposés dans les ruines de l'ancienne Pompéi le 5 août 2015.
Les visiteurs regardent les corps des victimes de l'éruption exposés dans les ruines de l'ancienne Pompéi le 5 août 2015. Crédits : MARIO LAPORTA - AFP

Sur Radio Canada, l’historienne Evelyne Ferron au micro de Franco Nuovo, a fait part avec un certain humour, de sa lassitude face à la spectacularisation de la recherche et à ses excès. On peut y entendre ce qui pourrait être la voix de Nesyamon, prêtre et scribe égyptien qui travaillait au temple de Karnak sous le règne de Ramsès XI, mort il y a 3000 ans et dont la momie a été retrouvée en 1824. Ou plus exactement, il s’agit d’un son produit par une équipe de chercheurs américains et britanniques qui ont publié leur expérience dans la revue Scientific Reports. 

Quand l'archéologie fait parler les morts

Ils y relatent comment après avoir imprimé en 3D le tractus vocal de la momie, les parties molles de la gorge, et avec l’aide d’un larynx électronique, ils ont produit ces voyelles tout à fait sinistres. On se demande évidemment quel est l’intérêt scientifique de la démarche et Evelyne Ferron évoque les questions élémentaires d’éthique qu’elle soulève. L’archéologie et l’histoire ont des moyens plus dignes de faire parler les morts qu’en manipulant leur cadavre pour leur faire émettre un son, non pas d’homme mais de mort. Laissons Hollywood faire crier les momies de fiction sans entraves. 

Pompéi : un peuple de plâtre...

Les questions éthiques dans le champ de l'archéologie ont également été soulevées à l'occasion d'une vaste opération de restauration des plâtres de Pompéi. A la fin du XIXe siècle, l'archéologue Giuseppe Fiorelli (1826-1893) a eu l'idée de réaliser des moulages en versant du plâtre liquide dans les cavités formées par les cadavres décomposés sous les dépôts volcaniques. Fiorelli a ainsi obtenu les formes des victimes de la célèbre éruption volcanique. Ces moulages constituent un peuple de plâtre qui habite aujourd'hui encore une partie des ruines de la ville engloutie, dont sont friands les touristes. Ce ne sont pas des squelettes mais des silhouettes entières dans la posture où la mort les a surpris, une empreinte humaine de la catastrophe. Mais fragiles, ils sont en train de se désagréger 150 ans après leur fabrication. 

... à l'identité révélée par des analyses ADN

A l’occasion, de leur restauration, dans le cadre du programme Great Pompeï Projekt, de nombreuses analyses ont pu être faites avec les moyens techniques du XXIe siècle sur ces corps surnommés jusque là par leur posture : "la femme enceinte", "l’homme assis", "le groupe des jeunes filles", "la famille" ou "les amants". Résultat : parmi les supposées ragazze se trouve au moins un homme. Quant aux célèbres "amants" ils sont deux hommes également, tandis que le groupe baptisé « la famille » se révèle être composé d’individus aux ADN divergents. Des résultats qui contredisent l’évidence symbolique aux yeux des chercheurs du XIXe siècle mais qui est aussi une manière de restituer une part de leur identité à ces dépouilles et de considérer ces vestiges comme des corps humains, aussi, sans tenter de les transformer en morts-vivants. 

par Anaïs Kien 

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