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30/06/1938 - William Williams, crieur de Treharris, Pays de Galles.

Quand la communication du pouvoir politique se faisait en criant

3 min
À retrouver dans l'émission

"Oyez, oyez !" Le crieur est un personnage central de l'espace public au Moyen Âge. Représentant du pouvoir, il délivre les informations utiles à la vie de la cité. Cependant, il semblerait que son rôle ne s'arrête pas à celui de porte-voix.

30/06/1938 - William Williams, crieur de Treharris, Pays de Galles.
30/06/1938 - William Williams, crieur de Treharris, Pays de Galles. Crédits : Getty

Quelle est la meilleure façon de communiquer les décisions du pouvoir ?  

Aujourd’hui les conférences du gouvernement se font le plus souvent dans l’espace contrôlé des salles de presse des ministères, devant une forêt de micros et de caméras répertoriés et accrédités.  

Au Moyen Âge, c’est le cri qui transmet dans l’espace public les messages du pouvoir royal. On crie les informations, les nouvelles lois, les règlements. Mais on ne crie pas n’importe comment, c’est l’objet de l’article de Veronika Novak dans la dernière livraison de la Revue Historique.  

Le crieur attitré, voire assermenté, représente l’autorité lointaine qui s’exprime aux yeux et aux oreilles de toutes et tous. Sa présence familière signale la prise de parole politique dans le tumulte du paysage très sonore des villes médiévales.  

La manière de crier et les gestes qui l’accompagnent sont codifiés : la voix ne doit pas être monocorde et le crieur s’annonce au moyen d’une trompette ou plus modestement d’une crécelle, d’un tambour ou d’une clochette qui accompagne le traditionnel « Oyez, oyez », pour signaler sa présence et ce qu’il s’apprête à faire, en brandissant de manière ostentatoire le document qui sera lu pour en attester l’authenticité. Le crieur a son libre arbitre dans le choix de son parcours. Si sa tournée commence souvent à la porte de Paris ou à l’Hôtel de Ville, ses trajectoires varient, c’est « un bricoleur de rituel ». Ses stations changent en fonction du thème de ce qu’il doit annoncer prix du poisson ou tenue correcte exigée dans les tavernes. Le plus important dans sa mission : l’efficacité dans la transmission du message. Un message et des informations utiles : par exemple prévenir de la présence de l’armée aux abords de la ville pour éviter une panique et rappeler aux soldats qu’il est interdit de piller les habitants au cours de leur séjour. 

Au début du XVe siècle, pour interdire toute prise de parole universitaire dans l’espace public, les lieux d’exercice du crieur informent autant que le message lui-même : le lieu où le cri se fait entendre marque aussi la volonté d’intimider ceux qui voudrait malgré tout enfreindre cette nouvelle règle de censure et y prendre la parole. On pourrait croire que le cri contribue à l’extension maximale de l’espace où s’exerce l’autorité politique. Mais Véronika Novak note que les parcours des crieurs parisiens ignorent les nouveaux quartiers de la fin du Moyen Âge. Leur parcours n’est pas un outil de conquête politique sur l'espace urbain de la capitale, il sert plutôt à maintenir une présence et un contrôle déjà existant dans les centres historiques. C’est par la répression que la justice royale franchit ces frontières urbaines dans ces mêmes années : en y installant des scènes d’exécution au début du XVIe siècle. La répression semble plus efficace que la communication dans ces espaces récemment peuplés à faire entrer dans le rang.  

Aujourd’hui la société et les technologies de l’information ont confiné depuis longtemps ces rendez-vous solennels de communication gouvernementale, bien avant qu’une épidémie ne court les rues.  

Lien :

  • Novák, Veronika. "L’espace du cri à Paris aux XIVe-XVIe siècles : recherches sur les « lieux accoutumés »", Revue historique, vol. 696, n°. 4, 2020, pp. 61-86.
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