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"A French dentist showing his artificial teeth". Nicolas Dubois de Chemant (1753-1824) dentiste français exercant à Londres, montre la prothèse en porcelaine qu'il a réalisé sur une cliente.Wikipédia.

Quand les dentistes français essayaient de retaper les bouches britanniques

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Et non, le tourisme médical n'est pas une pratique nouvelle ! Quelques fortunés britanniques sont venus dès le XVIIe siècle s'assoir chez nos dentistes français alors au sommet de leur art. Et, parfois, ce sont nos chirurgiens qui ont traversé la Manche. Le succès d'un sourire "made in France".

"A French dentist showing his artificial teeth". Nicolas Dubois de Chemant (1753-1824) dentiste français exercant à Londres, montre la prothèse en porcelaine qu'il a réalisé sur une cliente.Wikipédia.
"A French dentist showing his artificial teeth". Nicolas Dubois de Chemant (1753-1824) dentiste français exercant à Londres, montre la prothèse en porcelaine qu'il a réalisé sur une cliente.Wikipédia. Crédits : Thomas Rowlandson (1756-1827)

Il est un spectacle recherché de nos jours, tant il est devenu rare dans nos espaces publics, et lorsqu’il advient son irruption se fait derrière le rideau d’un masque sanitaire : le sourire. A l’heure du Brexit, il semblait utile de se pencher sur cette expression faciale de contentement ou de simple politesse, à travers l’histoire de son caractère subversif entre la France et le Royaume Uni. Car il fut un temps où le sourire dépendait d’un transfert technologique malheureux entre deux nations en guerre selon l’historien britannique Colin Jones.   

A la fin du XVIII siècle une frénésie dentaire s’empare de l’Europe de l’Ouest. On veut être belle et beau et parmi les atours indispensables à cette belle tenue le sourire doit parer le visage, la bouche doit se faire attrayante. Mais un obstacle de taille se dresse devant cette nouvelle manière d’être au monde prescrite par la mode : les caries. Le sucre qui se déverse en provenance des Caraïbes agrémentant thé et chocolat, pourrit les dents des courtisans qui cherchent toute l’aide possible pour combler ces trous incriminants et faire disparaitre ces chicots disgracieux.  

Les dentistes français sont alors à la pointe de la cherche de prothèses pour combler ces béances indésirables. La visite chez le dentiste devient un rendez-vous incontournable pour ceux qui en ont les moyens à commencer par la famille royale capétienne. Mais au-delà des préoccupations sanitaires, la pratique devient une attraction touristique et les Anglais fortunés qui passent la Manche font eux aussi cette visite, si tendance, au grand damne de leurs concitoyens les plus xénophobes. L’Angleterre se montre alors très suspicieuse face à cette frénésie dentaire venue d’ailleurs, et afficher un sourire ne saurait être considéré comme une attitude digne dans les hautes sphères de la société.  

Sourire, une pratique tout à fait regrettable qui pourrait se muer en une fâcheuse habitude, un « dandysme francophile » méprisable, une mode ridicule comme le souligne le féroce caricaturiste Thomas Rowlandson en 1811. Le sourire qu’il tourne en dérision, c’est précisément celui du râtelier en porcelaine commercialisé à Londres par le français Dubois de Chémant. Le dentiste parisien a traversé la Manche pour trouver un marché devenu revêche en temps de Révolution sur le sol français où les pratiques esthétiques liées à l’aristocratie ont perdu leur potentiel économique. Une aristocratie qui a d’ailleurs souvent fuit pour trouver protection dans le giron de la monarchie britannique. Avec eux le sourire pourrait migrer pour envahir la Grande Bretagne. Mais les ratiches étincelantes de Dubois Chémant échouent sur l’hostilité antifrançaise bientôt exacerbée par les guerres napoléoniennes. D’ailleurs les publications des dentistes français sur les dents artificielles sont boudées par les Anglais qui leur préfère des expérimentations limites de greffes de dents d’animaux. Du côté de la science dentaire éclairée on préconise plutôt de profiter de la manne des bouches de cadavres qui peuplent les morgues. En temps de guerre tous ces morts au champ d’honneur pourraient également constituer une réserve inestimable de dents à transférer dans un nouvel espace buccal bien né. Le sourire français ne passera pas la Manche, fin de la conquête des bouches britanniques par les experts dentaires français. 

Le plus sûr de nos jours reste de se laver les dents en attendant de pouvoir les exhiber sans entrave. 

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