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Affiche pour "L'inceste" d'Odyssé Barot, après 1883, XIXe siècle. Médiathèque de la ville de Chaumont.

Quand parler d’inceste était intolérable : l’affaire Violette Nozière

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Les révélations de victimes d'inceste font régulièrement la une des journaux. Ce phénomène nouveau témoigne de l'évolution sociétale du regard porté sur un tabou. L'histoire de Violette Nozière, dans les années 30, nous rappelle comment étaient alors considérées les victimes de ces crimes.

Affiche pour "L'inceste" d'Odyssé Barot, après 1883, XIXe siècle. Médiathèque de la ville de Chaumont.
Affiche pour "L'inceste" d'Odyssé Barot, après 1883, XIXe siècle. Médiathèque de la ville de Chaumont.

Évolution du regard sur le tabou de l'inceste

L’inceste occupe un espace tendu entre l’affichage social et l’indignation, face à des crimes infligés aux enfants sous le boisseau de l’intimité familiale. Une étape a peut-être été franchie dans l’évolution du seuil de tolérance avec la parution attendue du livre de Camille Kouchner qui en accuse son beau-père Olivier Duhamel. La presse en parle avec attention et bienveillance pour les victimes, et Olivier Duhamel a immédiatement démissionné de toutes ses fonctions refusant tout commentaire. Le témoignage a valeur de condamnation unanime de principe avant même la parution du livre. C’est pour éclairer l’évolution de ces seuils de tolérance qu’Anne-Emmanuelle Demartini s’est consacrée à une célèbre affaire : le procès de Violette Nozière, lycéenne empoisonneuse et parricide des années 1930, condamnée à mort puis graciée et enfin réhabilitée trente ans plus tard. Car la raison donnée par Violette pour expliquer son geste est bien l’inceste, son père abusait d’elle depuis l’enfance. Le parricide est alors au sommet de la hiérarchie pénale, on ne saurait condamner un père, toujours pilier de la société d’entre-deux-guerres. Qu’il soit bon ou mauvais, penser la sexualité déviante du père de famille reste un tabou dont l’exposition au grand jour trouble l’ordre moral et la manière dont la presse s’empare de l’affaire Violette Nozière.

Quand dénoncer l'inceste était monstrueux  

Violette Nozière est d’abord décrite comme le "monstre en jupon" qui a porté atteinte aux liens sacrés du sang pour assouvir son besoin de liberté excessif et son comportement cupide. Mais ce portrait sans empathie pour une adolescente qui se dit maltraitée est bientôt troublé par l’accumulation d’indices sur le comportement sexuel du père. Certains journalistes protestent devant le luxe de détails délivrés au public qui ne saurait supporter les insanités délivrées par une femme à l’esprit dérangé et à la morale douteuse. L’accusation d’inceste portée par Violette Nozière contre son père apparaît plus odieuse que le crime qu’elle nomme. L’acte de dire l’inceste constitue en soi une monstruosité, une rupture du contrat social, un attentat à la pudeur. Cette parole dérangeante, qui transgresse le pacte du silence autour de l’inceste, devient une charge supplémentaire contre elle qui transgresse décidément sans cesse, et nourrit le dossier d’accusation, au lieu d’en changer la nature.  

Quarante ans plus tard, Claude Chabrol dans un film sur l’affaire fera au contraire du crime de Violette Nozière un acte de contestation de l’hypocrisie d’un ordre centré autour de la famille à préserver à tout prix, unité élémentaire de la bonne marche d’une société, protectrice, éducatrice, canal transmetteur des comportements attendus. Si l’inceste n’a pas disparu depuis l’affaire Violette Nozière la sensibilité médiatique et sociétale de sa réception publique semble avoir franchi un nouveau cap.  

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