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Scènes des massacres de Scio

Retour sur le sort des travailleurs humanitaires

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce matin, le journal de l'histoire se demande : Que nous dit la violence à l'encontre des travailleurs humanitaires ?

Scènes des massacres de Scio
Scènes des massacres de Scio Crédits : Eugène Delacroix

Aujourd’hui dans Le Journal de l’Histoire, retour sur le sort des travailleurs humanitaires 

Les violences contre les travailleurs humanitaires sont en augmentation constante, c’est le constat fait par l’ONU à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire mercredi dernier. D’après la base de données du centre de recherches Humanitarian Outcomes : le bilan s’élève à 483 attaques qui ont fait 127 morts, ce qui correspond à une augmentation de 18 % en deux ans.  Ce rapport tombe quelques jours à peine après l’assassinat de six humanitaires de l’ONG française Acted et de leurs deux accompagnateurs au Niger. Une émotion forte a suivi ces annonces.  

Que s’est-il passé en effet ? Un tabou semblait transgressé, celui de l’agression de la compassion en acte. Les travailleurs et travailleuses humanitaires incarnent l’indignation civile, celle des lecteurs et spectateurs des rubriques internationales. Ces acteurs familiers de conflits lointains depuis la crise du Biafra à partir de 1967 sont devenu dans les années 1970 détenteurs d’un héroïsme mondialisé, qui par procuration et quelques dons modestes ou non semblent avoir délégation de ceux qui sentent leur conscience lourde au sortir du JT. Une cérémonie nationale d’hommage au six victimes françaises au Niger a été organisée avec un discours du Premier ministre, Jean Castex.  

Dans l’Histoire mondiale de la France, Hervé Mazurel retrace l’apparition de la mobilisation humanitaire à partir du cas des Européens engagés dans le soutien aux Grecs en guerre contre l’empire ottoman pour leur indépendance dans les années 1820. C’est une histoire des émotions internationales, celle d’un moment où l’indifférence devient impossible. Celle de la mort de Byron à Missolonghi parti soutenir. De Paris, puis de Londres, de Suisse, d’Allemagne, comités, collectes et ventes de charité se multiplient encouragés par les tableaux de Delacroix qui peint les massacres de Chios en 1824 tandis que quelques milliers de jeunes partent pour défendre les martyrs de la liberté. L’histoire d’une projection transnationale et l’invention d’un sentiment et d’un répertoire d’actions à distance, et de nouvelles figures de la guerre, baptisé par Jean Castex « les travailleurs du bien » 

L’histoire des travailleurs humanitaires c’est l’histoire de nos guerres contemporaines mais c’est aussi l’histoire de l’évolution des sensibilités, du niveau de tolérance à la violence, et le début d’un débat toujours en cours depuis le XVIIIe siècle sur la mise en marche de nos émotions face au spectacle du monde ou comme l’écrit Antoine Lilti dans la dernière livraison de la revue Sensibilités : « une conception de l’humanité commune, héritée des Lumières : une subjectivité supérieure à toutes les identités », l’histoire d’une émotion distante tant bien que mal protégée et qui ne semble plus l’être aujourd’hui.  

Anaïs Kien

Biblio :

Hervé Mazurel «  1825 : au secours des Grecs » dans Histoire mondiale de la France, Seuil, 2017 

La revue Sensibilités, "La chair du politique", coordonnée par Ludivine Bantigny, Déborah Cohen et Boris Gobille

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