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"L'emblème national porté par le chahid Bouzid Saâl lors des manifestations du 8 mai 1945".  Musée du moudjahid de Sétif. Photo Colokreb (Wikipédia).

Sétif, l'autre 8 mai 1945

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En ces temps de commémorations, il est une date dont on parle peu. Le 8 mai 1945 marque pour les algériens un jour sanglant, celui des massacres de Sétif.

"L'emblème national porté par le chahid Bouzid Saâl lors des manifestations du 8 mai 1945".  Musée du moudjahid de Sétif. Photo Colokreb (Wikipédia).
"L'emblème national porté par le chahid Bouzid Saâl lors des manifestations du 8 mai 1945". Musée du moudjahid de Sétif. Photo Colokreb (Wikipédia).

Alors que l’on célébrait ce week-end la fin de la deuxième guerre mondiale, un anniversaire qui s’est timidement fait une place entre le bicentenaire de la mort de Napoléon et le 40e anniversaire de la première accession au pouvoir de la gauche sous la Ve République, l’Algérie célébrait pour la première fois la « Journée nationale de la mémoire ». Un autre 8 mai 1945, alors que la France et son empire s’apprêtaient à fêter la victoire en charriant tout son lot d’images iconiques et univoques comme celle de jeunes françaises euphoriques, aux côtés voire franchement dans les bras de GIs américains frais comme des gardons après avoir libéré l’Europe du joug nazi. C’est un épisode de répression coloniale sanglante que l’on a commémoré ce 8 mai en Algérie : celui des massacres de Sétif. Ce jour-là, en 1945, des cortèges sillonnent aussi les rues algériennes pour saluer la signature de l’Armistice, mais sur les banderoles et dans les slogans le soulagement de la fin de la guerre côtoie les drapeaux algériens et l’appel à la fin du colonialisme. À Sétif, la manifestation est sévèrement réprimée. Une répression qui se prolonge dans les jours qui suivent avec des victimes algériennes par milliers et une centaine de victimes européennes. On sait aujourd’hui que dès le 1er mai d’autres manifestations avaient tourné à l’affrontement, notamment à Oran avec son cortège de morts et de blessés. La police et la gendarmerie ratissent, arrêtent et se livrent à des exécutions sommaires, des pratiques hors du droit, même colonial, qui obscurcissent les possibilités de connaître encore aujourd’hui le nombre de victimes de ces journées où la violence a rivalisé avec la joie de la paix retrouvée, neuf ans avant le début de la Guerre d’Algérie.
Pourtant, les commentateurs font le choix de ne pas nommer le caractère éminemment politique de ces événements et de leur répression.

À la radio et dans la presse, on évoque donc des émeutes de la faim exploitées par des criminels étrangers. Un discours de disqualification de la charge politique des massacres de Sétif qui sont inscrits sur l’ardoise d’une crise agricole, ou encore d’une propagande subversive et pourquoi pas soviétique. La guerre froide s’avance d’un pas, mais à Sétif ce 8 mai 1945, c’est déjà la fin de l’efficacité des promesses faites pendant la guerre qui s’exprime. La nouvelle donne politique promise par le général de Gaulle, la perspective d’une amélioration du statut des Algériens, n’ont plus la force de stabilisation qu’elles avaient jusque-là pour mobiliser les troupes et les populations dans l’effort de guerre qui s’achève. La Charte de l’Atlantique destinée à lutter contre le fascisme et le nazisme circule depuis sa signature par Roosevelt et Churchill en 1941, il y est question du droit des peuples à choisir librement leur gouvernement et à exercer leur souveraineté, une idée qui n’a pas fini de circuler dans les années d’après-guerre et dans toutes les colonies.

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