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Vietnam, Hanoï . Photo : Howard Sochurek.

Les enfants d’Indochine "rapatriés" en France : une histoire douloureuse qui commence à s’écrire

4 min
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Pendant la guerre d'Indochine, des enfants nés d'une mère vietnamienne et d'un père " inconnu, présumé français " sont confiés à une association qui les rapatrie en France. Une douloureuse histoire d'exil qui commence seulement à s'écrire.

Vietnam, Hanoï . Photo : Howard Sochurek.
Vietnam, Hanoï . Photo : Howard Sochurek. Crédits : Getty

Alors que les commentaires du rapport de Benjamin Stora sur les mémoires franco-algériennes se multiplient, un autre après-guerre colonial s’écrit : celui des enfants métis d’Indochine française arrachés à leurs familles pour être élevés en France.  

Des enfants métis en Indochine, il en naît dès les premiers jours de la présence française au XIXe siècle. Ils sont issus de relations plus ou moins passagères et plus ou moins tarifées avec un nombre de naissance accru pendant la guerre de décolonisation entre 1946 et 1954. Les autorités françaises s’emparent de la question du sort de ces enfants dès 1928 en les considérant « présumé français ». Une histoire racontée par ces enfants rarement reconnus par des pères souvent militaires, aujourd’hui devenus adultes dans le film de Philippe Rostan « Inconnu, présumé français ». 

Un dispositif brutal pour une éducation favorable aux intérêts de l’empire

Mais que faire de ces enfants nés de la rencontre coloniale, pas vraiment désirés mais qui pourraient devenir les ambassadeurs de la perpétuations du lien colonial ? L’historien Yves Dénéchère dans un article de la revue en ligne The Conversation ouvre le champ de ces recherches sur le traitement et ses conséquences appliqués à ces enfants eurasiens. Dans les années 1940, c’est un dispositif brutal qui s’instaure pour s’assurer qu’ils soient élevés exclusivement dans un milieu favorable aux intérêts de l’empire et donc favorable à leur assimilation.  La Fédération de l’œuvre de l’enfance française en Indochine, la FOEFI, est chargée de prendre en charge leur éducation sur le sol français. Cette transplantation de population se fait après s’être assuré de la limitation drastique des droits de leurs mères qui signent un « certificat de décharge » et en séparant systématiquement les fratries. Les liens familiaux déjà difficiles à maintenir à si grande distance sont effacés jusqu’à disparaître et les enfants sont formés à devenir des Français selon une norme traditionnelle certifiée par une politique paternaliste qui prolonge le pouvoir colonial sur les corps et les vies au-delà même de la survivance de la colonie, abandonnée après la défaite de Dien Bien Phu au Vietnam en 1954.  

Mais ce dispositif d’appropriation des enfants au profit d’une assimilation forcée n’est cependant pas une exclusivité du contexte colonial. Une organisation similaire était inventée dans les années 1930 en France alors que sévissait la tuberculose dans les villes métropolitaines avec l’objectif déclaré de soustraire les enfants des quartiers urbains défavorisés de leur milieu jugé toxique. Installés à la campagne les garçons et les filles étaient éduqués, formés et encouragés à se marier sur place tandis que le discours de culpabilisation répété s’appliquait à décourager les familles de les reprendre. Les petits parisiens devaient être sauvés de leurs parents jugés indignes d’élever des citoyens sains de corps et d’esprit. Une rupture qui ne s’encombrait pas des ravages engendrés par l’arrachement familial qui se répète au sein des empires coloniaux. Yves Dénéchère rappelle que des pratiques très proches de l’expérience française se retrouvent en Australie, au Canada, aux États-Unis et en Nouvelle Zélande dans les pensionnats réservés aux enfants autochtones. En France un rapport de 2018 a établi des pratiques similaires qui ont touché plus de 2000 enfants réunionnais des années 1960 aux années 1980. Une histoire mondiale de la domination sur les liens les plus intimes qui commence à s’écrire à partir de l’expérience des enfants nés de la relation coloniale.  

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