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 La loi du 16 juin 1859 réorganise la ville de Paris en 20 arrondissements.

Une histoire de Paris sur le pont Saint-Ange

4 min
À retrouver dans l'émission

Une exposition en plein air permet aux badauds de découvrir l'histoire de la création du quartier de la Chapelle et de l'urbanisation du 18e arrondissement.

 La loi du 16 juin 1859 réorganise la ville de Paris en 20 arrondissements.
La loi du 16 juin 1859 réorganise la ville de Paris en 20 arrondissements. Crédits : Sepia Times/Universal Images Group - Getty

À tous ceux qui ne migrent pas vers les campagnes familiales ou locatives en ces temps de confinement, les musées et les galeries sont fermés mais l’histoire s’expose en ville malgré tout. 

C’est l’occasion de comprendre comment elle est née et s’est développée, cette ville dont on  profite vraiment, vraiment bien en ce moment. Aujourd’hui c’est Paris, et ça commence sur un pont dont à peu près personne ne connaît encore le nom, le pont Saint-Ange, qui enjambe les voies ferrées dans le dos de la Gare du Nord entre les quartiers de La Chapelle et de la Goutte d’Or. Rien à voir avec la monumentalité antique du pont de l’empereur Hadrien à Rome, c’est un pont qu’on franchit sans même s’en rendre compte plutôt attiré par le métro aérien qui le coiffe en haut et le faisceau des voies ferrées lancées vers le nord de la France et de l’Europe sous nos pieds. 

C’est sur ce pont presque sans nom qu’Alexandre Frondizi propose une exposition sur les origines de ce quartier quant à cet endroit-là nous n’étions pas encore en ville puis pas encore à Paris puis pleinement métropolitains, lorsqu’en 1860 la municipalité a annexé cette périphérie, vécue par Gervaise, Virginie, Coupeau et Lantier, les personnages de L’Assommoir de Zola. 

Saint Ange est un des représentants de l’entreprenariat du bord de ville anobli par son mariage et sa vocation immobilière. Ange Trutat est fils de notaire pseudo-aristocrate par sa femme, il se fabrique le nom Saint Ange et construit en 1827 un quartier cruciforme pour adoucir la pente au profit des voitures à chevaux parce qu’on commerce ici de l’autre côté de la barrière fiscale, le nombre de pas de portes et de vitrines de chaque rue inventée pour l’occasion assure un revenu prometteur. La mégalomanie de l’entrepreneur a été effacé par le temps mais à l’époque on empruntait le boulevard Saint Ange, et l’on faisait un crochet par l’hôtel Saint Ange pour s’y livrer à des activités où l’innocence était loin d’avoir sa place.

Des noms de constructeurs qui côtoient bientôt la célébration des conquêtes coloniales en cours avec les rues Mazagran, d’Alger ou de Constantine. Une urbanisation sans décision de l’État ou de la Ville, l’élaboration d’une ville par le bas et d’ailleurs sur des terrains où il est pourtant interdit de construire depuis la Révolution. Les constructeurs privés et pirates avaient alors dessiné ces premiers quartiers habités de La Chapelle et de Montmartre en bonne intelligence avec le plan parisien intra-muros en attendant une connexion officielle mais c’était sans compter avec les projets de grande envergure de l’hôpital Lariboisière et de la Gare du Nord qui ont condamné la fluidité du passage d’un espace à l’autre pour multiplier les frontières qui enclavent encore aujourd’hui ces rues du nord de Paris dans un îlot coincé en amont par le périphérique.  

En 1860 lorsque la Ville de Paris absorbe ses quartiers périphériques les Batignolles, Belleville, La Chapelle, Clignancourt et bien d’autres, on leur invente des légendes afin de les rendre dignes de la ville historique, des habits du dimanche pour intégrer la liste sélective des  arrondissements parisiens qui passent de 12 à 20 en quelques années, certains disent un peu trop vite. 

Alors on investit les monuments récents pour leur inventer des généalogies merveilleuses comme cette maison bourgeoise rouge, le futur Château rouge, réputé avoir accueilli les rendez-vous de Gabrielle d’Estrées et d’Henri IV, une fable marketing largement exploitée par le bal qui s’installe bientôt à cet endroit. Dans une gravure de presse, on aperçoit des couples dansants et le cavalier encourageant sa cavalière à montrer autant d’entrain que la belle Gabrielle, la plus grande "polkeuse", danseuse de polka, devant l’éternel. 

À défaut de danser rendez-vous sur le pont Saint-Ange pour découvrir cette exposition sur les pionniers de Paris et par là un autre visage de la ville à défaut de pouvoir en changer !

Liens :

Exposition "Pionniers du grand Paris" sur le Pont Saint-Ange à Paris (75018) jusqu'au 30 avril.

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