LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le Mémorial parisien du Père-Lachaise

19 mars: la commémoration impossible

4 min
À retrouver dans l'émission

Le 18 mars 1962 étaient signés les accords d’Évian qui mettaient officiellement fin à la guerre d’Algérie. C’est à peu près la seule certitude qu’on puisse avoir dans cette affaire…

Le Mémorial parisien du Père-Lachaise
Le Mémorial parisien du Père-Lachaise Crédits : Gaël Dupret - Maxppp

Car sur la date commémorative de ce qui ne fut pas vraiment la fin de ce qu’on appelait pas encore une guerre, la concurrence des mémoires n’a pas enterré la hache idoine. Le 19 mars a été arraché au forceps à une opinion partagée – pour le moins – parce que c’était la date prévue pour le cessez-le-feu qui ne fut finalement pas respecté. Cette date, proposée par la gauche, était contestée par la plupart des associations d’anciens combattants situées à droite, qui refusaient de commémorer l’événement qui avait transformé une quasi-victoire militaire en défaite, et ouvert une sale période de la guerre. Il fallait bien trouver une date consensuelle, qui réalise l’accord entre les belligérants et l’apaisement des mémoires. Mais l’accord est paradoxal et la « paix » qu’il postule illusoire puisque le 19 mars est en Algérie le jour de la fête de la victoire, ce qu’on admet bien volontiers chez les tenants de l’Algérie française qui évoquent de leur point de vue une « trahison » transformant une victoire française sur le terrain en démission dans les pourparlers de paix. À ce sac de nœuds Boualem Sansal rajoute dans Le Figaro la couche de l’observateur participant. François Hollande doit célébrer demain la date hérissée de controverses au mémorial du Quai Branly. « A quelque mois de la présidentielle – vitupère l’écrivain – aller se prosterner devant Bouteflika, c’est calamiteux pour l’image de la France et catastrophique pour le combat courageux que les algériens mènent pour se libérer de la dictature coloniale du FLN et de M. Bouteflika qui depuis le 19 mars 1962 en est l’un des principaux animateurs. » Sur les traces de la guerre dans l’imaginaire collectif algérien Boualem Sansal assure que rien ne s’est inscrit en creux. « Les algériens sont sortis de la guerre le jour-même de l’indépendance, le 5 juillet 1962. Ils ont fait 7 jours et 7 nuits de fête folle, puis ils sont rentrés chez eux, épuisés. Mais une huitaine plus tard une nouvelle guerre les a rappelés, la guerre des wilayas, la course au pouvoir des seigneurs de guerre avait commencé et faisait rage aux quatre coins du pays. » Celle-ci n’a pas fini, elle s’est métamorphosée dans les années 90, les années de cendre : les aspirations de la société algérienne à la liberté ont été détournées par l’islamisme, et c’est de nouveau la guerre, la sale guerre qui ne dit pas son nom, avec son théâtre d’ombres sanguinaires où les rôles s’échangent en coulisse. Islamistes et FLN : « Ils font la paire ces deux-là, ils se ressemblent, en Algérie on ne les distingue pas, on les appelle les barbéfélènes. » Comment conclure, tourner la page dans ces conditions ? C’est l’historien Robert Frank qui décrit le mieux cette impasse : « les partisans du 8 mai fêtent au moins une victoire qui donne un sens à leur guerre. Ceux du 19 mars veulent une célébration qui fasse remarquer que la guerre d’Algérie n’en avait pas. Une guerre sans cause est une guerre sans message, et la commémoration d’une guerre sans message ne peut se transformer en véritable commémoration ».

« L’Afrique est une composante centrale de l’histoire de la modernité occidentale » affirme Jean-Pierre Dozon dans les pages idées de Libération.

Et aujourd’hui elle se trouve sur le seuil d’un monde post-occidental estime l’anthropologue. Après « avoir joué un rôle majeur dans la construction de la modernité occidentale » par la traite négrière puis la colonisation, « l’Afrique est en train d’en sortir tout en étant à nouveau convoitée par d’autres grandes régions du monde ». Notamment pour ses ressources minières ou agricoles, ses opportunités d’investissement, et d’influence politique et culturelle. La Chine qui occupe maintenant la deuxième place mondiale, juste après l’Europe, en terme d’échanges commerciaux « est à la manœuvre sur le terrain des infrastructures routières et ferroviaires, d’aménagements urbains, de projets énergétiques ou de télécommunications ». Mais elle est aussi très active dans le domaine du soft power, par ses Instituts Confucius et ses offres de bourses à des étudiants africains. Et surtout elle se présente – je cite « comme un modèle sociopolitique qui n’a pas besoin de passer par le stade démocratique à l’occidentale pour réussir son développement et qui peut donc conforter les modes de gouvernement autoritaires sévissant dans nombre de pays africains ».

Guy Sorman s’inquiète de son réveil dans Le Point, en particulier sous l’angle géostratégique

Ses appétits de puissance l’amènent par petites touches à tenter de se substituer au gendarme de la région, essentielle pour le commerce maritime mondial. Le président Xi Jinping, « le plus imprévisible parmi les chefs d’état en Asie » veut transformer la mer de Chine en un grand « lac chinois » alors qu’il est aujourd’hui ouvert à tous et placé sous le contrôle de la VIIe Flotte américaine, reconnue par les pays riverains.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......