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2025: la COP31

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À retrouver dans l'émission

COP22
COP22 Crédits : Jacky Naegelen - Reuters

À travers une « écolo-fiction » publiée dans L’Obs, Bruno Latour se projette en 2025 pour imaginer ce que pourrait être la COP31

Les 2°C de réchauffement sont largement dépassés et même si le niveau de la mer n’a pas commencé à monter de façon significative, des tragédies planétaires ont fait basculer l’opinion mondiale : le grand incendie de l’Amazonie et surtout la crise armée qui a conduit des États déboussolés au bord du gouffre nucléaire, « donnant le spectacle dérisoire d’une guerre entre gouvernements au moment même où tous sont menacés par un danger venu d’ailleurs ». Peter Sloterdijk, le célèbre philosophe allemand est devenu éditorialiste à Pékin, d’où il a enjoint les humains à doter les entités non-étatiques de représentants pour cette nouvelle Conférence sur le climat. Des océanographes, des militants de la mer et des pêcheurs composent ainsi la plus fameuse des délégations : celle des Océans. Il y a aussi celle de l’Atmosphère, de l’Amazonie, des Espèces en voie d’extinction ou des Peuples indigènes. Et pour la première fois « cette entité qui a empoisonné dix ans de diplomatie : le Pétrole et le Charbon »… Car celle-ci est invitée à sortir du bois et à mettre fin aux jeux d’influence et aux pressions d’un lobbying occulte, les grandes entreprises du secteur étant citées à comparaître pour « avouer publiquement que leur objectif n’était en rien le monde plus durable chanté par leurs services de communication ». Nombre d’entre elles avaient d’ailleurs été traînées devant la Cour climatique internationale pour « mise en danger des populations humaines » et les ONG leur avaient proposé de retirer leurs plaintes en échange de leur participation à la négociation. Résultat : on arrête de comburer les énergies fossiles et au terme de débats acharnés on convient de l’ouverture d’un « crédit carbone » pour les plus démunis afin de leur allouer une consommation d’électricité équivalente à celle d’un citoyen américain de 1990. C’était là le point le plus épineux de la Conférence car il induisait « une transformation totale de l’idée de souveraineté » : « il s’agit désormais de partager l’espace carbone et non plus, comme autrefois, au temps des conquêtes, l’espace géographique. »

On peut retrouver la version théorique de cette éco-fiction dans le grand entretien de Bruno Latour publié par le mensuel Artpress

On y reconnaîtra sans peine la projection imaginaire d’une représentation des entités non-étatiques dans la proposition du sociologue et philosophe des sciences d’un « Parlement des choses », où les vivants non-humains et les éléments naturels seraient représentés tout comme les citoyens le sont aujourd’hui par les élus. « Le nouveau régime climatique » nous impose d’accorder la parole à des entités comme les territoires et « pose – je cite - la question du successeur de l’État souverain, qui ne veut plus rien dire devant des acteurs comme le climat ou la mer ». C’est ce « droit commun » d’un type nouveau qui s’invente aujourd’hui sous les auspices de ce qu’on désigne comme « l’anthropocène », nouvelle ère géo-historique où une Nature rendue instable par nos actions surgit du décor pour s’imposer sur le devant de la scène.

Revenons à notre COP21. Fabrice Nicolino exprime des doutes sérieux quant à sa réussite dans les pages Débats du Monde

Faites entrer les lobbys . « Les espoirs d'un monde débarrassé des effets du dérèglement climatique seront déçus, car nombre de négociateurs sont complaisants à l'égard des industries et entreprises les plus polluantes » prévoie-t-il en substance. Passant en revue les responsables désignés des sommets climatiques, il met en lumière leurs liens avec ces multinationales, de Maurice Strong, président de Petro-Canada à Brice Lalonde, coordonnateur exécutif du deuxième Sommet de la Terre de Rio en 2012 et favorable au gaz de schiste : « s’il est bon aux Etats-Unis, pourquoi serait-il mauvais en France ? » Pas question pour Fabrice Nicolino d’alimenter la thèse du complot. « Ces faits ne sont pas cachés, même s'ils sont parfois savamment évacués. » Mais la responsabilité de ces entreprises « d'entretenir comme le feu sous la soupe, le dérèglement climatique » ne peut être éludée.

Jacques Munier

Gaïa
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Carbon
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Et à retrouver dans L’Essai et la revue du jour

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-carbon-democracy-revue-esprit-2013-09-04

Timothy MITCHELL : Carbon Democracy Le pouvoir politique à l'ère du pétrole (La Découverte)

Ceci est un « livre à thèse », une thèse forte et iconoclaste, qui déplace radicalement notre vision de l’histoire du XXe siècle : les contours et les transformations des régimes politiques dits « démocratiques » ont été largement déterminés par les propriétés géophysiques des principales énergies carbonées, le charbon d’abord, puis le pétrole. Ainsi, la pesanteur du charbon, la nécessité de l’extraire des mines puis de le charger dans des convois, etc., ont donné à ses producteurs un pouvoir considérable sur les flux d’énergie alimentant l’économie ; en utilisant la menace de les interrompre, ils créèrent syndicats et partis de masse, à l’origine des premières démocraties de l’ère moderne. Face à ces forces concurrentes, les classes dominantes occidentales ont cherché à organiser la transition énergétique à l’échelle mondiale. En effet, grâce à sa fluidité, sa légèreté et son exceptionnelle concentration en énergie, le pétrole permettait de contourner les réseaux et pouvoirs anciens. Ainsi fut créé un système d’acheminement beaucoup moins intensif en travail, plus flexible, résolument international… et beaucoup plus facilement contrôlable par les États et les multinationales. Un autre régime s’est progressivement mis en place, dans lequel la vie politique s’est retrouvée anémiée, la paix sociale et la prospérité des « démocraties » occidentales ont reposé sur l’autoritarisme moyen-oriental, et où la croissance illimitée s’est transformée en religion. Aujourd’hui, ce système est au bord de l’effondrement et nous pose une question cruciale : comment les énergies postpétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques ?

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