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7 janvier

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Beaucoup d’analyses sur l’impact du terrorisme dans nos sociétés à un an de l’attentat contre Charlie Hebdo dans les pages idées de nos quotidiens

Sous le logo Toujours Charlie L’Humanité consacre à l’anniversaire un numéro spécial et Patrick Apel-Muller en appelle à Bossuet pour dénoncer tous ceux qui « se bousculent pour grimper l’escalier sécuritaire » et « font mine de déplorer l’essor du Front national quand ils en justifient les thèmes les plus brutaux », comme la déchéance de nationalité : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » écrivait déjà le prédicateur du Grand Siècle… Dans Libération l’historien Patrick Boucheron, auteur d’un livre sur la peur au Moyen Age évoque la situation créée par l’état d’urgence : Maintenant, c’est aux contre-pouvoirs (la presse, notamment) d’organiser la vigilance sur ses effets réels. Sur les libertés publiques, c’est facile: elles s’affaiblissent à mesure que le niveau d’alerte s’élève, et l’on sait malheureusement que c’est un mouvement difficilement réversible. Sur la sécurité, c’est plus hypothétique: on ne saura jamais avec certitude ce que préviennent véritablement les lois d’exception, la notion d’attentat déjoué étant aussi délicate à manier que celle de futurs non advenus en histoire. C’est bien cela, la terrible efficacité du terrorisme, qui s’attaque au fond à la possibilité même de se rendre civiquement responsable de nos propres récits : nous subissons un attentat, au sens fort, contre l’ouverture démocratique des possibles. La situation rétrécit notre expérience politique puisqu’elle nous soumet à une décision toujours déjà prise. » Mais le professeur au Collège de France estime « qu’on joue à se faire peur en feignant de craindre qu’avec l’état d’urgence ne s’installe un Patriot Act à la française. Les conditions politiques sont fondamentalement différentes et le danger réside moins peut-être dans une dénaturation des institutions politiques que dans une dégradation du débat public. On peut brandir l’épouvantail de l’Etat policier, mais ce qui est bien plus pernicieux est le poison qui engourdit les consciences : de ce point de vue, les «commémorations»de janvier 2015 prennent un tour » qu’il « trouve inquiétant tant elles s’apparentent au déni de réalité. »

« La société française est mal préparée pour s’accommoder de la peur » ajoute-t-il. « Lorsqu’il y a une attaque armée à Jérusalem ou à Tel-Aviv, en quelques heures on efface les traces. Voyez au contraire comme elles insistent à Paris, comme les riverains qui, à juste titre, ne veulent pas vivre dans un cimetière, peinent à faire comprendre aux passants que le temps ne peut se figer dans le chagrin et la colère. »

Dans les pages Champs libres du Figaro Charles Jaigu rend compte de sa lecture du livre sur le blasphème d’Anastasia Colosimo

Laquelle a selon lui l’indiscutable avantage de n’avoir que 26 ans ou d’être – je cite « non diluée dans les précautions de la bien-pensance néocléricale, d’où qu’elle soit » - ce qui ratisse, ou plutôt balaie large. La thésarde brosse un panorama grand-angle de Rushdie à Dieudonné, d’Islamabad à Copenhague et de la Cour européenne des droits de l’homme à la cour suprême des États-Unis, en passant par la Bible et le Coran, les caricatures de Mahomet et l’inflation des lois mémorielles. On pourrait à juste titre se demander si cette gigantesque fresque est réellement maîtrisée, mais ce n’est pas le problème du journaliste qui en livre quelques conséquences hasardeuses sans coup férir – je cite «L’esprit du 11 janvier » invoqué par Manuel Valls n’avait-il pas été ignoré par lui un an plus tôt quand il diligenta l’interdiction des spectacles antisémites de Dieudonné, que rien ne devrait interdire si on suit la loi de 1881 » (qui autorise le blasphème) ? Et pourquoi museler dès lors la liberté d’expression des négationnistes de tout poil, contenus par la loi Pleven, désignée par Charles Jaigu comme l’oraison funèbre de la liberté d’expression et pourtant destinée au départ à endiguer la montée du racisme ? S’il est vrai que le blasphème « n’est pas de retour car il ne nous a jamais quittés », le discernement impose de ne pas tout mélanger. Car c’est dans ce genre de confusion que prospère le discours du complotisme et du djihadisme…

Jacques Munier

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