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Raphael Lemkin

Affaires étrangères

5 min
À retrouver dans l'émission

La conférence des ambassadeurs se réunit cette semaine à Paris, elle a pour objet de définir les grandes lignes de la diplomatie française.

Raphael Lemkin
Raphael Lemkin Crédits : Center for Jewish History, NYC

À cette occasion Le Monde ouvre ses pages débats aux questions internationales : Jean-Marie Guéhenno, ancien bras droit de Kofi Annan à l'ONU, estime que notre pays doit « revoir la conception de ses interventions extérieures », coûteuses et à l’efficacité douteuse face aux organisations terroristes qu’elles contribueraient à unifier ; et privilégier la diplomatie. Il soutient la position consistant à passer le relais à des opérations de maintien de la paix de l'ONU ou à des forces régionales africaines au Mali ou au Sahel, selon ce principe : « aux armées des pays riches de traiter l'urgence, à d'autres d'assurer la réponse de long terme ». Évoquant la démission, début août, de Carla Del Ponte de la Commission d'enquête indépendante (CEI) de l'ONU sur la Syrie, le militant syrien des droits de l'homme Mohammad Al-Abdallah élargit la critique à l’ensemble de l'appareil onusien, incapable de « contextualiser le soulèvement, ce qui a conduit la CEI à n'aborder la situation syrienne que comme un banal conflit de plus », en ignorant « que le soulèvement originel de 2011 participait du vaste mouvement régional qui a porté les exigences populaires de dignité, de changement et de liberté ». Et « en laissant Al-Assad choisir les organisations chargées de la livraison de l'aide humanitaire, les Nations unies ont accordé des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars à des membres du proche entourage du président, y compris des personnes visées par des sanctions européennes et américaines », alors « que l'aide n'est jamais parvenue à ceux qui en avaient le plus besoin ». Malgré les rapports accablants publiés par la CEI depuis 2011, les Russes ont toujours utilisé leur droit de veto pour protéger le pouvoir syrien et empêcher que le dossier soit transmis à la Cour pénale internationale (CPI) mais l'envoyé spécial des Nations unies lui-même, Staffan de Mistura, « a laissé la Russie élaborer la constitution syrienne plutôt que de s'enquérir des souhaits des Syriens eux-mêmes » et sous la pression, il a « ignoré la question cruciale des personnes disparues ». Enfin, pour l'avocat François Roux « la justice pénale internationale doit changer de philosophie ». En cause la procédure accusatoire, sur le modèle anglo-saxon, où « ce sont les parties (et non les juges, seulement arbitres) qui mènent le procès dans une joute dont les arguties procédurales prennent le dessus sur la recherche de la vérité ». Outre qu’elle est chronophage et budgétivore, elle place victimes et bourreaux sur un pied d’égalité. Le juriste rappelle, en citant le président du Tribunal pour l'ex-Yougoslavie, que « Les spécificités et la vocation même de la justice pénale internationale appellent une approche plus inquisitoire (ou moins accusatoire) ; car la poursuite judiciaire et la sanction de crimes internationaux ne mettent pas simplement en jeu deux parties adverses ; elles relèvent de l'intérêt général pour la justice et engagent la communauté internationale tout entière ».

L’Express publie les bonnes feuilles du livre de Philippe Sands (Retour à Lemberg) sur le juriste polonais Raphael Lemkin, promoteur d’une législation internationale réprimant les génocides

Un terme – génocide – dont il est l’inventeur et qu’il a tenté de faire valoir au procès de Nuremberg, qui n’a décidé de retenir que la qualification de crime contre l’humanité. Même si le terme apparaît dans l'acte d'accusation, il ne figure pas dans le jugement prononcé le 1er octobre 1946. Le jeune Lemberg avait eu connaissance du massacre de masse des Arméniens en 1915 : « Une nation a été assassinée et les coupables sont libres » écrit-il en accusant Talaat Pacha, le ministre ottoman. Il entendait parler des pogroms et avait entrepris de traduire le poème de Bialik sur ceux de Kichinev, en Bessarabie alors russe : La Ville du massacre. Ses premiers travaux commencent en 1933, alors qu’il est procureur à Varsovie : il contribue au projet de la Société des Nations (SDN) pour développer un droit pénal international, en travaillant à une juridiction qui sanctionnerait la destruction de groupes ethniques, nationaux et religieux sous la qualification de « barbarie » et de « vandalisme ». Philippe Sands insiste sur le travail de bénédictin réalisé dans le détail des textes législatifs – ordonnances et décrets – publiés par les nazis, afin d’établir la cohérence d’un projet d’extermination articulé à la notion de Lebensraum, l’espace vital destiné aux seuls Allemands. « Pris individuellement, chacun des décrets semblait inoffensif mais pris dans leur ensemble et dans une perspective internationale, un dessein plus large apparaissait. » Sommés de se faire enregistrer comme tels, de porter l’étoile de David, de déménager pour rejoindre des ghettos, les juifs étaient dépouillés de leurs biens et devenaient une population vulnérable, dépendante du rationnement. « Comme les décrets limitaient les rations de glucides et de protéines, les membres du groupe étaient réduits à l’état de cadavres vivants. » Sans mot dire, la solution finale était en marche.

Par Jacques Munier

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