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La défense d'Alep

Alep assiégée

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Bientôt 5 ans depuis le début des grandes manifestations en Syrie. Le Monde publie un cahier spécial sur Alep, dont le sort est en suspens

La défense d'Alep
La défense d'Alep Crédits : Khalil Ashawi - Reuters

Après Beyrouth, Sarajevo ou Grozny, la deuxième ville du pays est en passe d’être totalement encerclée et les quartiers tenus par la rébellion s’apprêtent à subir un siège de longue haleine. 300 000 personnes y vivent encore malgré le déluge quotidien de bombes, de barils d’explosifs et de missiles plus ou moins guidés. Leur sort n’émeut guère l’opinion. Une lettre ouverte signée par une poignée d’intellectuels, d’artistes et de politiques, reçus par François Hollande le 20 février, n’a guère suscité de commentaires ou d’échos dans la presse. Pourtant leurs signataires rappellent combien « les frappes russes, l’offensive du régime, les attaques du Hezbollah et des milices irakiennes, soutenues par l’Iran, ne visent Daech que de manière très marginale, car ceux qui les mènent ont besoin de cet épouvantail pour déguiser la dictature en recours. Elles favorisent, outrageusement, le Front al-Nusra, la filiale régionale d’Al-Qaeda, qui prend désormais l’avantage sur le terrain. Pire encore, elles assurent aux jihadistes de toutes obédiences la victoire dans les esprits, tant il leur est aisé de dénoncer la complaisance des nations démocratiques envers l’homme fort du Kremlin et le despote de Damas comme une preuve de mépris à l’égard des musulmans sunnites. » L’une des plus anciennes cités au monde encore habitée car les premières traces de peuplement dans ses murs remontent au VIe millénaire avant notre ère, Alep est depuis des années la cible du régime Assad. Sa vieille ville et son magnifique souk médiéval ne sont plus qu’un tas de ruines mais la tragédie culturelle et humaine semble susciter moins d’émotion que la destruction et le pillage de Palmyre. Le cahier du Monde revient sur l’histoire de l’engagement tardif d’Alep dans le soulèvement contre la dictature, un an après le début des manifestations dans le pays, avec la révolte des étudiants en mai 2012 et sa répression sanglante. Et Madjid Zerrouky rappelle que, par la suite, la métropole multiconfessionnelle a su résister à l’avance de l’Etat islamique, lui infligeant sa « plus grande défaite ». " Nous n'avions ni les moyens ni les ressources de la coalition. Nous nous battions sur plusieurs fronts à la fois, contre l'EI, contre les forces du régime et ses alliés – témoigne le chef politique du Front du Levant, Abdallah Al-Othmane, dans une lettre ouverte publiée le 17 février dans la revue américaine Foreign Policy. Mais nous avions une idéologie alternative à celle de l'EI à offrir : une juste gouvernance et la primauté du droit pour chaque Syrien, un projet auquel a adhéré la population. L'EI n'a jamais pu remettre les pieds à Alep grâce au sacrifice de 2 000 de nos combattants. " Aujourd’hui la ville est assiégée. Comme le rappelle Benjamin Mourthe, « malgré la trêve l’encerclement continue ». « A Homs, qualifiée de " capitale de la révolution ", il avait fallu plus de trois ans aux forces gouvernementales pour reprendre le contrôle de l'intégralité de la ville. Mais, à l'époque, l'armée syrienne ne bénéficiait pas du soutien aérien de la Russie, ni de renforts aussi massifs qu'aujourd'hui de la part de ses alliés irakiens, iraniens et afghans. Les insurgés d'Alep pourraient-ils tenir aussi longtemps en cas de siège ? " C'est la volonté du peuple de résister, affirme Yasser Kour, du Conseil révolutionnaire de la ville. Ceux qui sont fatigués sont déjà partis. On ne fuira pas une mort pour une autre mort. "

Ceux qui sont partis, on les retrouve en Europe sur les routes de l’exil hérissées de barrières et de barbelés, quand ils n’ont pas sombré en méditerranée

Six morts par jour l’an dernier, les femmes et les enfants d’abord… Dans la revue Études Catherine Wihtol de Wenden analyse la crise européenne des réfugiés en élargissant la focale au phénomène planétaire des migrations. Le droit de migrer révèle de grandes inégalités, surtout depuis qu’il s’est étendu au monde. « Il y a un siècle on comptait 5% de migrants internationaux sur la planète contre 3,2% aujourd’hui : la plupart étaient des Européens car l’Europe était très peuplée par rapport à d’autres continents. Puis les migrants sont venus durant la période de croissance » après ceux qui avaient été aspirés par le besoin de main d’œuvre pour la reconstruction après guerre. Et puis se sont multiplié les initiatives destinées à dissuader les nouveaux arrivants, sous l’effet d’opinions publiques de plus en plus influencées par les slogans de l’extrême-droite. « L’Europe peine toujours à considérer l’immigration comme partie prenante de son identité en construction » relève la spécialiste des migrations, qui met en perspective les chiffres des demandeurs d’asile en 2014, dans le contexte de la guerre en Syrie – soit 625000, avec ceux de la chute du rideau de fer qui avait déclenché au début des années 1990 500 000 demandes d’asile par an.

Par Jacques Munier

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