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Alep, la Citadelle, 13 décembre 2016

Alep, le monde d’après

5 min
À retrouver dans l'émission

Outre sa dimension humanitaire, le drame d’Alep aura de lourdes conséquences géopolitiques.

Alep, la Citadelle, 13 décembre 2016
Alep, la Citadelle, 13 décembre 2016 Crédits : Omar Sanadiki - Reuters

Dans les pages idées de Libération Bertrand Badie évoque la ruine des canons de la politique étrangère : « devoir choisir entre une dictature cynique et un islamisme abhorré; entre une Russie restaurée et un vide géopolitique dans lequel s’engouffreront des forces antioccidentales », et surtout, devoir « s’insérer dans un monde où l’ennemi de son ennemi n’est pas nécessairement son ami, à l’instar de l’Iran, ennemi juré de Daech » mais qui depuis le début combat l’opposition politique au régime Assad. Pour Gilles Darronsoro, c’est bien davantage que la Russie, l’Iran « qui ramasse la mise dans la crise syrienne ». Analysant les conséquences du recul américain dans la région, le politologue constate que la position dominante désormais assurée à la république des mollahs est due à « une triple évolution : l’installation en Irak d’un régime de facto chiite et intimement lié à l’Iran, un accord sur le nucléaire qui sort Téhéran de sa position de paria, et une victoire (probable) en Syrie, avec un régime définitivement sous l’influence du Hezbollah et de l’Iran ». Dans ce contexte, le retrait américain prend à contre-pied les alliés traditionnels des Etats-Unis dans la région, et « la chute d’Alep, rendue possible par l’abandon de l’insurrection syrienne dès 2013, s’inscrit dans une politique cohérente de désengagement qui s’est traduite par des millions de réfugiés et le renforcement de régimes répressifs – de l’Egypte à la Syrie en passant par l’Irak – qui nourrissent la montée des mouvements les plus radicaux ».

« Alep, c'est l'écho du silence assourdissant de nos consciences endormies », écrit Delphine Minoui sur le site Figarovox

“Parfois, on se demande ce qui est le plus douloureux: le brouhaha des bombes ou le silence du monde”, lui confiait récemment un habitant… La correspondante du Figaro souligne la fermeté, la dignité désespérée de la résistance de la population civile, un modèle « qu'Assad et ses amis russes et iraniens ont voulu anéantir à jamais : une troisième voix, entre Damas et Daech, qu'ils ne sauraient tolérer ». Aujourd’hui les vains pédagogues de la politique du fait accompli nous assurent « que le martyr d'Alep, c'est le prix à payer pour la lutte contre Daech. Pour sauver les minorités. Or, c'est tout le contraire qui se produit. Quand Alep s'est soulevée en 2012, Daech n'existait pas. Quand Daech s'est installé à Raqqa, Assad a frappé… Alep. Au lieu d'arracher la mauvaise herbe, Assad l'a cultivée. Il a même semé de nouvelles graines. Aujourd'hui, les derniers rebelles modérés d'Alep sont acculés : ceux qui ne sont pas morts sous les bombes pourraient se radicaliser. » J’en parlais la semaine dernière à propos d’Abdel Basset Sarout, de Homs, l’autre grande ville martyre avant Alep. De l’ex-espoir de l’équipe nationale de foot, « devenu l’icône des rebelles et le symbole d’une jeunesse syrienne prête à tout pour faire tomber Bachar », le magazine Society retrace le parcours de militant pacifiste pour la liberté à guérillero et au final djihadiste, avant de se ressaisir. Quand on lui renvoie son image de symbole, il répond que pour lui, « les symboles de la révolution sont les gens qui sont morts en défendant le peuple syrien. » Et notamment quatre de ses six frères, cinq de ses oncles, 30 personnes dans la famille de sa mère, d’innombrables amis proches…

Courrier international publie l’article de Hazem Saghieh sur la mort de l’humanisme, paru dans Al-Hayat, le quotidien panarabe de Londres

L’écrivain libanais met en garde les politiques qui s’en laisseraient accroire par le triomphe de la force brutale et la politique du fait accompli, comme François Fillon. Et contre l’idée que finalement le dictateur sanguinaire de Damas serait « préférable à ses ennemis ». Il déplore « qu’aucune voix ne s’élève en ce moment pour dire que la cause du désastre, c’est lui ». Et il dénonce le « négationnisme historique » qui réduit « l’histoire du mal en Syrie à Daech », en passant « sous silence les dizaines d’années de régime militaire, avec les atrocités de la répression et son lot de mouroirs ».

La douleur peut prendre aussi la forme de la nostalgie, comme en témoigne Marie Seurat dans Le Monde

L’épouse du chercheur Michel Seurat, spécialiste du régime syrien et auteur de L’État de barbarie, otage en 1985 d’un groupe terroriste libanais, prête-nom du Hezbollah déjà allié au clan Assad, a raconté dans un beau livre, Les corbeaux d’Alep, sa quête labyrinthique du corps de son mari. Originaire de la ville, Marie Seurat revient sur l’image emblématique de la citadelle millénaire d’Alep, « centrifugeuse de l'Histoire, dont on a attendu en vain les oracles », champ magnétique d’une mémoire de treille, de jasmin, de confit de cédrat. « Pistaches et abricots séchés au soleil, savon de laurier, hammams brûlants, fontaines glacées… Aujourd'hui, la citadelle a débusqué toutes les légendes et n'annonce que des larmes et du sang. »

Par Jacques Munier

Aujourd’hui, manifestation de soutien à Paris à 18h, Place Igor Stravinski 75004

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