LE DIRECT

Allemagne année 01

4 min
À retrouver dans l'émission

Münich, Oktobersfest
Münich, Oktobersfest Crédits : Lukas Barth - Reuters

Petite séance de remise à niveau de nos connaissances concernant l’Allemagne…

Modèle économique, Grexit, accueil des réfugiés, affaire Volkswagen, l’Allemagne tient le haut du pavé pour le meilleur et pour le pire, chacun voyant, selon le moment ou l’orientation politique, midi à sa porte. Mais l’enchaînement des paradoxes peut donner le tournis, comme en témoigne la chronique hilare de Luc Le Vaillant dans les pages Idées de Libération : « Ce n’est pas très charitable – lâche-t-il –mais je n’ai pu m’empêcher de pouffer en apprenant que la berline allemande spacieuse et fiable, technique et économe, crédible et ordolibérale avait triché comme un vulgaire triporteur grec. » Et de filer la métaphore automobile toute symbolique depuis la Coccinelle, partie « à la rencontre des Californie à l’esprit hippie » alors que la 2CV ou la 4L se « contentent d’être des outils d’émancipation étudiante », ou encore le VWBus qui crachote « à la découverte des étranges étrangers quand, aujourd’hui, l’Europe se barricade derrière des parapets barbelés », jusqu’à l’Audi A6 « avec sa gueule de Dark Vador surbaissé et ses phares à LED qui mettent des virgules robotiques dans ses yeux révulsés »… « Se jeter au cou d’une grosse allemande est surtout une manière de critiquer l’incurie hexagonale, la régie Renault cégétiste et les Peugeot sans génie ». En plus le diesel est devenu écolo, « enfin, ça, c’était avant que l’algorithme jette le masque de la tricherie… »

Johann Chapoutot avait bien essayé vendredi, dans les mêmes pages, de remédier à notre méconnaissance de l’esprit allemand, qui nous empêche de comprendre « le virage d’apparence radicale » entre l’intransigeance sur le dossier grec et « l’humanitarisme compassionnel à propos des réfugiés ».

Nombreux sont les chercheurs ou les éditorialistes qui s’y emploient dans la presse, et aujourd’hui, dans les pages « Champs libres » du Figaro , Philippe d’Iribarne revient sur les menaces proférées par deux ministres et non des moindres – ceux de l’Economie et de l’Intérieur – à l’encontre des pays de l’Union européenne qui refuseraient de respecter une discipline commune en matière d’accueil des migrants. « Les pays qui ne partagent pas les valeurs européennes d'empathie et de solidarité ne doivent pas compter sur l'argent des Vingt-Huit » a en effet déclaré le premier. Arrogance ou esprit communautaire, se demande l’anthropologue, spécialiste de l’influence des cultures sur les organisations, avant de souligner que pour nous, Français, les valeurs et l’argent ne font pas bon ménage. Pourtant – je cite « la vision allemande d’une vie civilisée donne une place centrale à la vie d’une communauté dont les membres décident ensemble ce que doit être son destin ». Passant en revue, de Fichte à Habermas, les différentes conceptions de ce qu’elle doit être, il met en évidence une référence partagée « à une communauté délibérante et solidaire, à des décisions conjointes que ses membres sont tenus de respecter ». « La référence, instituée ou non, à une forme de cogestion alimente, au sein des entreprises, une forme de rapports sociaux coopératifs que la France lui envie. », rappelle-t-il. La gestion des finances et la compassion humanitaire participent de la même vision communautaire, volontiers sourcilleuse sur la règle, en tant que telle… Conclusion : « La réaction envers la Hongrie à propos des réfugiés obéit à la même logique que la réaction à l’égard de la Grèce ».

D’où également la nécessité de connaître le passé pour éclairer le présent. Les pages Débats du Monde , relancent la controverse à propos de la réforme des programmes d’histoire

Elles opposent en effet Iannis Roder, prof d’histoire-géo en Seine-Saint-Denis, qui se félicite que la dernière version de la réforme donne une place centrale à l'histoire de France et Vincent Capdepuy, membre du collectif Aggiornamento histoire-géographie, qui déplore quant à lui le retour du « roman national ». À l’heure qu’il est, je botte en touche avec cette imparable déduction de Jean Rouaud dans L’Humanité : « Jeanne d’Arc, icône de Mme Le Pen, était surnommée la Pucelle. Ce qui revient à poser la virginité comme le plus sûr rempart au métissage. »

Jacques Munier

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......