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Angela Merkel, "une femme sans qualités"

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Berlin, 2 septembre
Berlin, 2 septembre Crédits : Hannibal Hanschke - Reuters

« Chaque matin qui se lève est une leçon de courage », écrivait Jean-Edern Hallier. Commençons la semaine avec entrain, en allant à la pêche aux idées positives

Je ne vous cache pas que j’ai ramé, jusqu’à dégotter dans les pages Le Postillon du Point l’interview d’Hervé Gaymard qui oppose au déclinisme ambiant et à la dénommée « insécurité culturelle » l’optimisme des grands jours où « l’unité retrouvée » de notre pays lui permet de « se transcender ». Dans un livre à paraître jeudi sous le titre « Bonheurs et grandeur. Ces journées où les Français ont été heureux », l’ancien ministre proche d’Alain Juppé revient sur quelques épisodes de l’histoire de France qui illustrent les vertus de la cohésion nationale et du rassemblement : « l’entrée d’Henri IV dans Paris après les guerres de Religion, la Fête de la Fédération en 1790 après le premier choc révolutionnaire, la paix de 1802, qui ouvre une parenthèse sans guerre (…) le défilé de la victoire en 1919, la Libération de 1944 ou encore le retour de De Gaulle en 1958, dans un climat de quasi-guerre civile. » Mais vous l’aurez remarqué comme moi, à part la Fête de la fédération, tous ces grands jours se lèvent sur des champs de ruines… Alors une question insidieuse se glisse en creux dans la démonstration : « à quand une bonne guerre ? » Pour Dominique Moïsi dans les pages Débats des Échos , ce ne devrait pas être en Syrie. Engager des troupes sur le terrain contre Daech comme certains le réclament « pour justifier – je cite – leur refus d’ouvrir les frontières de leur pays aux réfugiés » ou pour « servir d’alibi à des visées électoralistes fondées sur des réflexes protectionnistes », un tel engagement aurait d’abord pour conséquence d’apporter de l’air au régime Assad. Or celui-ci ne peut faire partie de la solution car il fait partie du problème, il en est même le point de départ. « Les Syriens qui partent aujourd’hui par dizaines de milliers vers l’Europe ne fuient pas seulement les massacres perpétrés par Daech, mais les bombardements contre sa population du régime Assad. » Aux préconisations du conseiller spécial à L’Ifri – intensifier les frappes aériennes, soutenir l’aide humanitaire dans les camps de réfugiés « qui explosent aux frontières de la Syrie comme de l’Irak », ou en faire plus sur notre continent pour l’accueil et l’intégration des réfugiés – on peut ajouter : équiper les membres de l’Armée syrienne libre, dont on ne parle pratiquement plus et qui se battent sur deux fronts à la fois. Dans son dernier reportage pour Libération , Luc Mathieu raconte les incohérences des frappes de la coalition, et à propos des tentatives répétées de Daech pour forcer le verrou de la ville de Marea dans le nord du pays, il cite un commandant des forces rebelles qui décrit la tactique des djihadistes pour s’infiltrer la nuit. « Nous ne les voyons pas toujours arriver, nous n’avons pas de jumelles à vision nocturne ».

Du coup, pour préserver un instant notre humeur matinale de la rumeur persistante du monde, vous avez fait un pas de côté…

J’ai faussé compagnie au Postillon du Point pour retrouver dans l’hebdomadaire un philosophe allemand qui aime la France, comme il l’a montré dans un livre récent. Peter Sloterdijk s’en prend à l’angelomania du moment en brossant le portrait d’une « femme sans qualités », « trop lisse, trop opaque et (qui) se dérobe à l’affect ». Bénéficiant, après 10 ans de pouvoir, de 80% d’opinions favorables dans son pays, la chancelière allemande, qui a « récolté les fruits des réformes du gouvernement Schröder », et qui se distingue par « la cohérence d’un style non-spectaculaire », « puise dans un fonds inépuisable d’opportunisme ». « On est entré dans une période post-politique et post-idéologique – estime le philosophe – Il y a ainsi une primauté de l’accident et de la crise. Reste pour nos gouvernants les premiers secours. » Passer du rôle de gendarme monétaire dans la crise grecque à celui de guide humanitaire dans celle des réfugiés témoigne seulement, selon lui, de sa capacité à comprendre les sentiments de ses compatriotes, soit à concevoir « une tactique sans stratégie ».

Jacques Munier

sloto
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Retrouver le livre de Peter Sloterdijk dans l’Essai et la revue du jour

http://www.franceculture.fr/emission-l-essai-et-la-revue-du-jour-la-france-de-sloterdijk-revue-les-temps-modernes-2015-05-22

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