LE DIRECT

Au secours ! La droite revient

4 min
À retrouver dans l'émission

De nombreux signaux l’indiquent, nous assistons à ce que l’historien des idées François Cusset appelle une « droitisation du monde ».

C’est le titre d’un livre à paraître le 12 octobre chez Textuel. L’auteur de la French Theory décrit ainsi les symptômes d’une évolution qu’on peut observer des Amériques à l’Oural en passant par l’Europe : « Cynisme économique, rendement optimal, narcissisme en réseau, normalisation sociale, conservatisme moral, crispation sécuritaire, recul de la démocratie », tendance au repli identitaire et national ou folie théocratique… L’hebdomadaire Le un consacre à ce phénomène un lourd dossier en mettant l’accent sur l’efficacité des réseaux de mobilisation de la droite radicale. L’époque où il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron est bien révolue, au point que ce dernier nous apparaît aujourd’hui comme une figure de sage éclairé. Le sociologue Bruno Cautrès analyse les conséquences de la « tripartition » de l’espace idéologique français entre la gauche, la droite et le Front national, qui s’est substituée au « bipartisme » traditionnel de la Vème République et qui accentue le poids relatif des idées de droite. Encore faut-il distinguer dans cet ensemble les valeurs politiques de la « société ouverte » et celles de la « société fermée ». « Très largement lié à l’impact de l’intégration européenne et de la globalisation dans les profondeurs économiques et culturelles de nos sociétés, ce récent clivage oppose de nouveaux « perdants » à de nouveaux « gagnants ». Si l’entrepreneur pouvait être considéré comme un « gagnant » du capitalisme hérité du siècle passé, le petit entrepreneur local et faiblement intégré aux marchés européens ou mondiaux peut-être qualifié de « perdant » de ce nouveau monde où le capital culturel, social, relationnel devient plus important que le capital économique. » Difficile de défendre à la fois les valeurs de l’entreprise mondialisée et de l’artisan ou de l’agriculteur. De nouveaux clivages apparaissent donc, qui brouillent les anciennes frontières et menacent de fissurer l’édifice monolithique des droites en déplaçant les lignes. Et s’il est vrai que les thèmes de l’identité et des frontières nationales sont au cœur de l’agenda politique de la droite aujourd’hui, des divergences pourraient bien favoriser l’émergence d’un continent centriste jadis égaré dans la bipolarisation.

Dans ses pages Débats & controverses, L’Humanité évoque la polémique autour du « roman national »

De ces « gauloiseries » nous aimerions pouvoir rire « s’il ne s’agissait pas d’une entreprise dangereuse de spéculation électorale sur les thématiques identitaires et racistes » estime Laurence de Cock. La fondatrice du collectif Aggiornamento histoire-géo renvoie les nostalgiques du roman patriotique et les amateurs de cervoise à leurs chères études : « l’école n’est pas le lieu de la mystification mais de l’apprentissage d’une citoyenneté critique, dans la curiosité et le respect de l’altérité ». Le racisme, personne n’en parle. Mais quoiqu’ils en aient, nombreux sont les contempteurs du « politiquement correct » qui travestissent leur pensée profonde sous des apparences acceptables, la haine du soi-disant communautarisme qui aurait gangrené notre société, le culte d’une identité introuvable mais opposable en toute circonstance.

Le sociodémographe Patrick Simon revient dans Le Monde sur l’enquête de l’Institut Montaigne et de l’IFOP sur les musulmans français

Laquelle avait déclenché à droite des réactions passionnées – restons dans le politiquement correct. « L’effet d’une bombe » n’avait pas hésité à écrire Frédéric Saint Clair, prêt à allumer la mèche sur le site Figarovox devant des chiffres révélant selon lui « une sociologie de l'islam en France que beaucoup d'idéologues préféraient nier car ils mettent à mal leur désir de construction d'une société multiculturelle apaisée. » Allant bien au delà de ce que ces chiffres indiquaient, il n’hésitait pas à évoquer la charia, plus importante que la loi de la République pour un tiers des musulmans. Patrick Simon estime que l'enquête est « entachée d'approximations et de flou méthodologique », et qu’elle « propose une vision biaisée des Français de culture musulmane. Une démarche peu responsable dans une situation politique particulièrement tendue » ajoute-t-il. « Les questions qui sont évoquées se montrent très hétérogènes. Leur formulation ambiguë conduit à différentes interprétations. Ainsi, on demande : " En France, la laïcité permet-elle de pratiquer librement sa religion ? " et si l'on répond non ou plutôt non, les auteurs avancent que l'on " conteste la laïcité ". Pourtant, on peut considérer que, dans ses expressions actuelles, la laïcité contraint la pratique religieuse, ce qui est un fait objectif, sans être nécessairement contre la laïcité » fait observer le directeur de recherches à l’INED. On construit artificiellement un pseudo-groupe de " rigoristes " sur la base de questions non significatives. « Et si certains musulmans se reconnaissent dans des valeurs autoritaires et conservatrices, également partagées par des non-musulmans, faut-il en conclure qu'ils ne sont pas intégrés ? »

Par Jacques Munier

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......